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Série d'été

Amsterdam, Pitcairn, Ferdinandea, Ile du Diable, Pagan, Socotra : «Libé» lève le mystère des îles

Episode 5/5. L’une a accueilli les révoltés du «Bounty», l’autre n’a pas émergé depuis 1863, on appelait la troisième «le tombeau des vivants». A la découverte de ces bouts de terre paumés au milieu des océans ou royaume de la biodiversité où se télescopent la petite et la grande histoire.
publié le 22 août 2025 à 18h25

Amsterdam : l’île aux bœufs

Perdue dans l’océan Indien, l’île Amsterdam est un territoire français inhabité. Une seule tentative d’installation a eu lieu au XIXe siècle : une famille réunionnaise y a introduit des bovins pour créer un élevage. Livrés à eux-mêmes après leur départ six mois plus tard, les animaux sont retournés à la vie sauvage et ont colonisé l’île, atteignant 2 000 têtes. En 2007, il est finalement décidé d’abattre le troupeau afin de préserver la biodiversité unique de l’île. Depuis 1949, Amsterdam abrite la base scientifique Martin-de-Viviès, qui enregistre la plus longue série, à ce jour, de mesures du CO₂ dans l’hémisphère Sud. En janvier 2025, un incendie force l’évacuation de la base. Aujourd’hui, une grande partie de l’île est détruite mais les scientifiques ont pu y retourner.

Pitcairn : le refuge des mutins du «Bounty»

Perdue dans le Pacifique Sud, l’île de Pitcairn est l’une des communautés les plus isolées au monde. Son histoire débute véritablement en 1790, quand les mutins du célèbre HMS Bounty y trouvent refuge accompagnés de Tahitiens. La petite communauté connaît pendant plusieurs décennies de nombreuses tensions engendrant violences et meurtres. La population parvient néanmoins à croître en quasi-autonomie, jusqu’à atteindre 230 habitants. Aujourd’hui encore, une quarantaine de leurs descendants y vivent isolés du monde.

Ferdinandea : l’île éphémère

Ferdinandea est une île éphémère actuellement située à huit mètres sous la mer au large de la Sicile. Cette île a émergé par trois fois en 1701, 1831 et 1863 suite aux éruptions du volcan sous-marin Empédocle. En 1831, l’île atteint 65 mètres de haut et 5 km de circonférence. Elle entraîne une bataille diplomatique où le Royaume-Uni, la France, l’Espagne et le royaume des Deux-Siciles débarquent tour à tour pour y planter leurs drapeaux. Baptisée Ferdinandea par Naples, elle fut aussi nommée Graham par les Britanniques ou Julia par les Français. L’île disparut en six mois, entraînant avec elle la fin des revendications territoriales. Son statut n’étant pas encore tranché, sa prochaine résurgence pourrait bien relancer de nouvelles querelles internationales et sa qualification – île ou rocher – sera au centre des débats.

Ile du Diable : le bagne où règne «un silence de tombe»

L’île du Diable est l’une des trois îles du Salut, archipel au large de la Guyane. Elle sert de lieu de détention à partir du milieu du XIXe siècle. C’est en 1895 qu’y est enfermé Alfred Dreyfus, jusqu’à sa libération en 1899. Le lieu est particulièrement inhospitalier : les arbres ont été abattus, la chaleur et l’humidité sont fortes, les insectes et parasites grouillent. Les forts courants, les rochers dont l’île est entourée et les requins qui peuplent ses eaux entravent les tentatives d’évasion. Y fut également détenu Marius Jacob, anarchiste et cambrioleur d’une grande ingéniosité, qui aurait servi de modèle pour le personnage d’Arsène Lupin, finalement libéré en 1925, après dix-neuf tentatives infructueuses d’évasion. «Ile du Diable ! Tombeau des vivants, tu dévores des vies entières», écrit Albert Londres en 1923 lors d’un reportage. Le bagne ferme en 1946. Aujourd’hui, l’île appartient au Centre spatial guyanais (CSG) qui en interdit l’accès au public.

Pagan : évacuation totale

Quand le mont Pagan entre en éruption en 1981, la cinquantaine de résidents de l’île est évacuée vers l’île de Saipan, 300 km plus au sud. L’activité intense du volcan détruit champs, maisons et installations, privant les habitants d’un possible retour sur leur île. Avant l’arrivée de colons européens, Pagan était peuplée par les Chamorros, peuple indigène des îles Mariannes. Revendiquée par l’Espagne, vendue à l’Allemagne, récupérée par le Japon après la Première Guerre mondiale, c’est un territoire américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale au sein des îles Mariannes du Nord. Pagan conserve une importance culturelle et ancestrale pour de nombreux habitants qui souhaitent rentrer sur leur île, mais à ce jour seuls certains ont pu se réinstaller temporairement ou officieusement. Les demandes de résidences permanentes sont rejetées par les autorités américaines en raison de la menace persistante du volcan.

Socotra : l’île aux 700 espèces uniques au monde

Située au large du Yémen, dans l’océan Indien, l’île de Socotra est connue pour sa biodiversité unique. Le long isolement géologique de l’archipel, sa chaleur extrême et sa sécheresse se sont combinés pour créer une flore et une faune remarquables. Dans les années 1990, une équipe de biologistes des Nations unies y a recensé près de 700 espèces endémiques (seules la Nouvelle-Zélande, Hawaï, la Nouvelle-Calédonie et les îles Galápagos surpassent ce nombre). Parmi elles, le dragonnier de Socotra, arbre reconnaissable à sa silhouette en parapluie et à sa sève rouge, est devenu l’emblème de l’île. Cette richesse biologique a valu à Socotra d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.

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