Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. La commission d’enquête parlementaire, voulue par la droite, sur des liens supposés entre mouvements politiques et réseaux islamistes a rendu son rapport mercredi 17 décembre. Si les travaux ont été laborieux, compte tenu du faible engouement des députés à participer à une commission que son rapporteur ciottiste Matthieu Bloch a lui-même décrite comme issue d’une volonté de «coup politique», l’élu de l’Union des droites pour la République (UDR, extrême droite) s’est efforcé de trouver une conclusion justifiant son existence.
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Lors de la présentation de son rapport, mardi devant la presse, le rapporteur a reconnu que «des liens financiers et organisationnels entre les partis politiques et les mouvements islamistes n’ont pas été caractérisés à ce jour». Mais l’élu du Doubs estime que les travaux de la commission ont permis «de documenter des convergences et des proximités affichées entre certains élus, principalement de La France insoumise, et des individus promouvant cette idéologie». Matthieu Bloch a d’ailleurs listé un ensemble de rencontres, d’invitations à l’Assemblée ou de colloques organisés par des membres de La France insoumise en lien avec des personnalités identifiées par la commission comme liées aux réseaux islamistes.
La gauche jubile du «flop» de la commission
Rien de neuf donc, et des conclusions bien éloignées de ce que les effets d’annonce de Laurent Wauquiez laissaient espérer au lancement de la commission. Tout juste les députés se sont-ils accordés, selon son président Xavier Breton (Les Républicains), à tirer ce maigre constat : «Personne ne conteste qu’il y a une menace islamiste et un risque d’entrisme.»
L’issue des travaux est donc bien en deçà des attentes. «Tout ce cinéma n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau. La droite a eu beau faire tout ce qu’elle pouvait, ils ne sont pas parvenus à faire dire quoi que ce soit, ni à incriminer qui que ce soit chez LFI», se félicite ainsi auprès de Libération le député mélenchoniste Hadrien Clouet dont le mouvement était indirectement visé par le travail de cette commission – même si son président, Xavier Breton (LR) et le rapporteur, Matthieu Bloch (UDR, allié du RN), s’en sont plusieurs fois défendus.
«Laurent Wauquiez a voulu en faire une opération de communication et c’est un flop», abonde la députée écologiste Sabrina Sebaihi. «C’était une commission de parti pris, on voyait bien que les questions étaient dirigées, on avait un peu le café du commerce», déplore encore l’élue des Hauts-de-Seine. La détractrice de la commission d’enquête en veut pour preuve les trente-deux recommandations présentées à l’issue des travaux par Matthieu Bloch, dont elle affirme que certaines sont d’ores et déjà inscrites dans la loi.
Les députés LR bien peu investis
Mais les défenseurs de la commission d’enquête dont le bureau n’était composé que de députés issus des rangs de la droite ou de l’extrême droite balaient tout parti pris et rejettent tant bien que mal le procès en inutilité fait à leurs travaux. «C’était nécessaire. Il n’y a pas de découverte, mais au moins il y a la clarification que oui, il y a de l’entrisme dans certains partis politiques, essentiellement LFI et les mouvements d’extrême gauche», se satisfait ainsi la députée macroniste Caroline Yadan.
Pendant que les uns se félicitent donc des conclusions aux allures de pétard mouillé, les autres se targuent d’avoir mis en lumière l’«angle mort», selon Xavier Breton, des liens entre les mouvances islamistes et les partis politiques. Les membres de la commission, de tous bords, s’accordent au moins sur un point : la désertion des troupes LR lors des travaux de la commission d’enquête. Une cadre de la macronie, membre de la commission, regrettait en particulier, comme sa collègue Caroline Yadan, «la faible mobilisation» des élus du groupe Droite républicaine, présidé par Laurent Wauquiez, lors de l’audition de Jean-Luc Mélenchon.




