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Justice

Poursuivie pour injure raciale, Marine Le Pen relaxée

Après un tweet ciblant une étudiante en 2019, le tribunal judiciaire vient de déclarer Marine Le Pen innocente du délit d’injure publique en raison de la race ou la religion.

Marine Le Pen lors d'une conférence de presse à Marseille, le 17 janvier. (Miguel Medina/AFP)
Par
Tom Novak
Publié le 20/01/2026 à 6h47

Poursuivie pour injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion, Marine Le Pen a été relaxée, ce mardi 20 janvier, par la 17e chambre du Tribunal judiciaire de Paris. Cette décision intervient le jour où l’ancienne présidente du Rassemblement national doit être auditionnée dans une autre procédure, le procès en appel des assistants parlementaires.

L’affaire remonte à 2019, lorsque Yasmine Ouirhrane, une étudiante de 23 ans, reçoit le prix «Jeune Européenne de l’année» décerné par la fondation Schwarzkopf, une organisation financée par des fonds européens. Elle a été choisie pour «son engagement en faveur de l’égalité hommes-femmes et de l’égalité des chances pour les migrants en Europe».

La jeune femme annonce fièrement l’obtention du prix en publiant sur X une photo d’elle, le drapeau de l’Union européenne à la main. Mais Marine Le Pen ne voit que le foulard qu’elle porte sur ses cheveux. Lancée dans sa campagne pour les élections Européennes, elle republie la photo et commente : «L’Union européenne assume ses choix. Le 26 mai, c’est vous qui devrez choisir ! Pour nous, la promotion de l’islam radical, c’est NON !!»

Un différend d’interprétation selon la cour

Non seulement le prix n’a pas été décerné par l’Union européenne, comme la présidente du Rassemblement national le suggère, mais surtout, rien ne lie Yasmine Ouirhrane à l’«islam radical», sauf l’amalgame régulièrement opéré par le parti d’extrême droite entre le port du voile et cette idéologie.

Le tribunal a cependant relaxé Marine le Pen du fait d’un différend d’interprétation à propos du terme «islam radical». La plainte déposée par Yasmine Ouirhrane portant sur le caractère injurieux de ce terme, les magistrats n’ont pas considéré qu’il constituait une injure délictueuse. Les juges ont distingué l’«islam», terme employé par Marine Le Pen, de «l’islamisme, qui porte un projet politique mortifère». Pour eux, «l’islam radical ne renvoie pas de manière évidente et objective au djihadisme» mais «à des pratiques rigoristes de cette religion», qui sont, elles, autorisées par la loi. Marine Le Pen bénéficie donc paradoxalement d’une décision qui considère que l’islam radical ne constitue pas une idéologie contraire aux valeurs nationales. L’ancienne présidente du Rassemblement national risquait un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Appel en suspens

Ce raisonnement a été contesté après l’audience par l’avocate de la plaignante, Ilana Soskin, n’est pas d’accord. «L’islam radical est une idéologie mortifère en soi, qui porte un projet aux antipodes de notre société, dit-elle. Comment expliquer sinon que l’on «ferme des écoles qui pratiquent l’islam radical ?» L’avocate s’est étonnée que le RN, qui fustige l’islam radical, profite d’une décision qui affirme sa légalité. L’avocate et la plaignante n’ont pas encore décidé si elles allaient faire appel.

Face à la décision de la justice, Yasmine Ouirhrane reste stoïque – «c’est important d’aller de l’avant», a-t-elle déclaré – mais admet une certaine amertume. Le tweet de la cheffe du parti d’extrême droite avait en effet provoqué une vague de harcèlement en ligne. Au micro de Madmoizelle et auprès du Bondy Blog, Yasmine Ouirhrane a raconté la souffrance associée au racisme numérique, se voyant renvoyée odieusement à Daech, recevant «des menaces de mort, des insultes» : «On me disait “Retourne dans ton pay”» ; [il y avait] des photos de Hitler sous mes posts.»

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