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Procès

Attaqué en justice, Raphaël Enthoven veut faire le procès en antisémitisme de LFI

Le philosophe est poursuivi ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour injure publique, un procès que l’intellectuel espère retourner contre le parti mélenchoniste pour démontrer son supposé antisémitisme.

Raphaël Enthoven, à Paris, le 28 septembre 2019. (Denis Allard/Libération)
Publié le 23/09/2025 à 11h08

Les échanges virulents entre les figures de la France insoumise et Raphaël Enthoven se comptent par dizaines sur les réseaux sociaux. Depuis le 7 octobre 2023, l’attaque terroriste du Hamas et le début de la guerre à Gaza, ils s’invectivent régulièrement jusqu’à l’insulte. Ce mardi 23 septembre, à partir de 13 h 30, la controverse aura lieu au sein de la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, dédiée aux affaires de presse. Attaqué en justice par LFI pour injure publique, le philosophe est accusé d’avoir qualifié le parti de Jean-Luc Mélenchon de «mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite, et dirigé par un haut-parleur que personne n’a élu», le 1er mai 2024 dans une publication sur X.

Réagissant à la vidéo montrant Raphaël Glucksmann expulsé de la manifestation du 1er mai, par des militants insoumis selon le président de Place publique, le philosophe s’était alors emporté contre LFI : «Ils nous font honte tous les jours par leurs outrances, leurs fake news, leurs gifles, leurs mains au cul, leurs trolls antisémites, leurs comportements totalitaires», n’hésitant pas à les qualifier de «tellement cons» et de «club de déficients». Un message, toujours en ligne, qui lui a valu une plainte du parti, qui réclame 10 000 euros de dommages et intérêts notamment pour ces deux derniers propos.

Trois témoins

Mais l’éditorialiste souhaite profiter de ce procès pour revenir sur le terme d’ «antisémite» qu’il a lui-même utilisé. «Mon avocat Richard Malka et moi-même attendons avec appétit l’audience de mardi prochain contre La France Insoumise, le premier parti antisémite de France», a publié sur X Raphaël Enthoven dimanche 21 septembre. «Il s’agira d’établir que LFI est le premier parti depuis la fin de la Seconde guerre mondiale à reprendre les clichés antisémites jusqu’aux plus médiévaux, et à vouloir empêcher la dénonciation de l’explosion de l’antisémitisme», étaye son avocat Me Richard Malka.

Un objectif pour lequel les grands moyens ont été mobilisés. Trois témoins ont été cités à témoigner par la défense : le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, le directeur du musée d’Art et d’Histoire du judaïsme à Paris, Paul Salmona et le politologue Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch, tous les trois critiques des positions du parti de Jean-Luc Mélenchon.

LFI ne compte pas se laisser faire et balaye d’un revers de main la stratégie de Raphaël Enthoven et de sa défense : «Nos adversaires qui viennent avec des témoins pour soi-disant faire le procès de l’antisémitisme, ça n’est pas le sujet», estime l’avocat du parti, Me Mathieu Davy, alors que la plainte est déposée pour injure publique et non pour diffamation. Concrètement, même si l’avocat du philosophe réussit à prouver l’antisémitisme du parti, il n’échappera pas forcément à la condamnation. «On ne peut pas supporter que M. Enthoven dise des mots aussi graves, aussi violents : ça n’est ni drôle, ni légitime, ni justifié», ajoute l’avocat selon qui «le tweet est un prétexte pour déraper sur LFI».

«Une montée de l’antisémitisme»

Pourtant, ce procès pourrait avoir un retentissement médiatique, alors que le parti insoumis est régulièrement pointé du doigt sur le sujet et accusé d’entretenir l’ambiguïté. Le 26 août, Jean-Luc Mélenchon reconnaissait «une montée de l’antisémitisme dans notre pays» à la matinale de France Inter, après d’avoir qualifié le phénomène de «résiduel» en 2024, dans un de ses billets de blog. En mars, une campagne de communication en faveur d’une marche contre l’extrême droite, représentant Cyril Hanouna, avait valu des accusations en antisémitisme, plusieurs estimant que l’affiche reprenait les codes de l’imagerie nazie des années 1940. Le parti avait été condamné à verser 3 500 euros à Cyril Hanouna pour atteinte au «droit à l’image». Si plusieurs cadres du parti avaient reconnu une «erreur», Jean-Luc Mélenchon avait affirmé qu’il ne connaissait pas ces codes.

Cette question de l’antisémitisme a été au centre des discussions lors de la création du Nouveau Front populaire, au lendemain de la dissolution en 2024. Le «contrat de législature», signé par tous les partis de la coalition de gauche, dont LFI, ne contient aucune ambiguïté sur le sujet : «L’antisémitisme a une histoire tragique dans notre pays qui ne doit pas se répéter, précise le texte. Tous ceux qui propagent la haine des juifs doivent être combattus». Mais les différentes polémiques ont créé des scissions. En juin, le député Jérôme Guedj, très proche de Jean-Luc Mélenchon à ses débuts en politique, avait qualifié de «salopard antisémite» le leader insoumis lors du congrès du Parti socialiste le 15 juin dernier. «Je soutiens, non pas les mots, mais Jérôme Guedj», avait réagi François Hollande à la matinale de France Inter, deux jours après, estimant que «cela fait des mois qu’il est insulté, agressé par les amis de Jean-Luc Mélenchon». Vivement opposé aux insoumis, l’ancien Président socialiste avait estimé que «LFI est tout sauf un barrage contre l’antisémitisme».

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