Ce samedi matin à Pointe-à-Pitre, au lendemain de l’annonce du gouvernement qui se dit «prêt» à parler autonomie de la Guadeloupe, c’est loin d’être l’effervescence. Les rues sont quasi désertées, les enseignes toujours en grande partie fermées. Seuls le marché aux épices et les supermarchés attirent quelques locaux et touristes.
L’extrême majorité des gens croisés n’a absolument pas suivi les déclarations du ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu. «Plus d’autonomie ? Ce n’est pas ça que nous voulons», grogne Mathias-Sylvie, petit caddie à la main, croisée entre deux courses au marché aux épices. Pour elle, le ministre est avant tout «un incompétent» qui ne «répond pas aux demandes de la population» : «Ce que nous voulons, c’est sortir du pass sanitaire et de l’obligation vaccinale. Avoir le choix de prendre ce vaccin ou pas. L’autonomie ou l’indépendance, c’est un sujet pour plus tard.»
Reportage
Pour justifier sa volonté de remettre sur la table le fonctionnement politique du territoire, le ministre des Outre-mer a mis en avant «certains élus [qui] ont posé la question en creux de l’autonomie» lors des réunions avec le gouvernement sur la crise en cours. «D’après eux, la Guadeloupe pourrait mieux se gérer elle-même», et «ils souhaitent moins d’égalité avec l’Hexagone, plus de liberté de décision par les élus locaux», a rapporté le ministre.
Cette annonce semble toutefois précipitée. «L’autonomie, ça se prépare. A quoi bon demander plus d’autonomie si c’est pour appeler la France à chaque crise ?» s’interroge Maria (1), seule Pointoise rencontrée à avoir écouté l’allocution de Sébastien Lecornu diffusée vendredi soir. «C’est un autre sujet, encore une fois, ils mélangent tout.»
Surtout que le ministre s’est ensuite livré à une bataille de tweets avec Xavier Bertrand, candidat à l’investiture Les Républicains pour 2022, en critiquant le rival potentiel d’Emmanuel Macron sans vraiment évoquer le fond du sujet de l’autonomie.
«Ils promettent des choses puis font le contraire»
Pour Cédric, en balade matinale avec ses deux enfants près du port de la ville, impossible de croire en la parole des «politiciens», qu’ils soient guadeloupéens ou parisiens : «Je n’ai pas d’avis là-dessus car je ne leur fais pas confiance. Ils promettent des choses puis font le contraire. Au départ ils disaient que le vaccin ne serait pas obligatoire, regardez où on en est aujourd’hui !» L’homme aux longues dreads, short et claquettes, rappelle ainsi la cause sanitaire initiale de la montée de colère en Guadeloupe, qui provoque d’ailleurs toujours de vives tensions à l’hôpital de Pointe-à-Pitre.
«L’autonomie ou l’indépendance, ça changerait quoi ? râle celui qui se fait appeler Dadou, les yeux rougis par le pétard qu’il est en train de fumer. On voit que ce week-end, les barrages et les pillages ont repris… Les élus guadeloupéens ne sont pas capables de gérer ça seuls.» Si l’idée de rapprocher la prise de décision du lieu où elles s’appliquent pourrait être bien accueillie sur le principe, pas sûr toutefois que la carotte autonomiste du gouvernement soit beaucoup plus efficace que son bâton sécuritaire pour résoudre la crise.
(1) Le prénom a été modifié.




