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Epilogue

Le budget 2026 définitivement adopté après l’échec des deux motions de censure contre Sébastien Lecornu

Les deux motions de censure déposées après un troisième 49.3, activé par le Premier ministre sur l’ensemble du projet de loi de finances, ont été rejetées ce lundi 2 février.

Sébastien Lecornu ce lundi 2 février à l'Assemblée nationale, avec la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. (Bertrand Guay /AFP)
Publié le 02/02/2026 à 19h22, mis à jour le 02/02/2026 à 19h48

C’est une longue saga qui s’achève à l’Assemblée, ce lundi 2 février. Après plus de trois mois de méandres parlementaires, Sébastien Lecornu a réussi la périlleuse mission qui lui incombait depuis la rentrée de septembre : doter le pays d’un budget pour l’année 2026. La motion de censure défendue par les communistes, cosignée par les écologistes et les insoumis, n’a recueilli que 260 voix au lieu des 289 requises pour le renverser. Avec 135 voix, la seconde déposée par le RN, a également été rejetée dans la soirée. Le projet de loi de finances est donc définitivement adopté, de quoi éclaircir l’horizon du locataire de Matignon.

«La France a enfin un budget», a-t-il aussitôt triomphé sur X, sans y apposer son tampon: «Ce texte n’est pas le texte du Gouvernement, il est le résultat d’un compromis parlementaire, intégrant des amendements de tous les groupes.» Aussi le Premier ministre annonce-t-il saisir le Conseil constitutionnel pour s’«assurer que la loi de finances est pleinement conforme à notre Constitution».

Les sénateurs avaient renvoyé la copie jeudi dernier, avant un troisième et ultime 49.3 déclenché par Sébastien Lecornu sur l’ensemble du texte. Sa survie et la validation du budget reposent sur la non-censure des députés socialistes. Une clémence acquise grâce à de longues négociations, pendant plusieurs semaines, même si le PS a refusé jusqu’au bout de voter en faveur du texte, obligeant le Premier ministre à revenir sur sa promesse de renoncer au 49.3. Le parti revendique ainsi un certain nombre de gains dans la mouture finale, notamment des investissements dans la recherche, la transition écologique, la jeunesse ou le logement, sans en assumer toutefois l’entière paternité.

«Regardez qui censure ou non le gouvernement»

A la tribune lundi, le chef du groupe communiste, Stéphane Peu, a pourtant ciblé un budget «sans rupture ni inflexion», émanation d’une «France des dividendes qui saigne à blanc la France du travail et des services publics», et qui «poursuit la politique de l’offre malgré son échec patent». «Nous n’avons jamais refusé la discussion avec le gouvernement», a aussi affirmé l’élu de Seine-Saint-Denis, alors que le Premier ministre s’est plaint d’avoir face à lui des oppositions peu constructives, pour justifier son recours au 49.3. «Ce qui a manqué ce ne sont pas nos propositions, mais votre absence de volonté de changer de cap, a ajouté Peu. Ce budget accentue les fractures sociales et territoriales, en prolongeant les arbitrages à l’œuvre depuis 2017.»

Après un laïus sans arguments de fond – à l’exception d’une complainte sur le manque de mesures contre l’immigration –, l’orateur du RN Gaëtan Dussausaye a exigé un retour aux urnes, en faisant des rimes : «La dissolution, c’est l’espérance, l’alternance avec un an d’avance». La députée (LFI) Nathalie Oziol a aussi déploré «la longue fin de règne de la macronie», avant d’interpeller les électeurs dans la perspective des scrutins à venir, municipaux et présidentiel : «Regardez qui censure ou non le gouvernement, et vous saurez qui est capable de tenir une ligne de rupture.»

«En fragilisant les services publics, vous détruisez le consentement à l’impôt», a attaqué à son tour la députée écologiste Sandrine Rousseau, en s’opposant à des coupes identifiées par ailleurs dans le secteur de la culture. Sous les applaudissements nourris des rangs insoumis, l’élue de Paris a conclu son discours en envoyant une pique à l’ancien président socialiste, rappelant une déclaration lors de sa campagne victorieuse de 2012 : «nos vies valent plus que leurs profits, parce que notre ennemi, souvenez-vous en monsieur Hollande, c’est la finance».

«Ni de droite ni de gauche»

«Ce budget ne sera celui de personne, mais il ne sera pas celui de l’extrême droite, les socialistes ont fait leur devoir», a pour sa part revendiqué le député PS Hervé Saulignac. Une rhétorique paradoxalement défendue par l’intervenant LR, Nicolas Ray. «Le budget n’est pas socialiste, sinon les socialistes l’auraient voté», a démontré l’élu de l’Allier. «Il n’est ni de droite ni de gauche», a-t-il estimé en appelant ensuite, comme d’autres, à réformer la procédure d’examen des projets de loi de finances pour gagner en efficacité.

Alors qu’un petit remaniement est annoncé par l’exécutif d’ici le 22 février, pour laisser partir en campagne municipale à Paris la ministre de la Culture, Rachida Dati, la suite de l’agenda parlementaire devrait être dévoilée à l’issue d’une rencontre entre le chef du gouvernement et les présidents des chambres et des différents groupes politiques lundi prochain. Mais les plats principaux du menu sont déjà connus : les propositions de loi sur les soins palliatifs et la fin de vie, des mesures pour les agriculteurs, ou sur la décentralisation.

Mise à jour avec le discours de Sandrine Rousseau lundi 2 février à 21h27.

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