En résumé
- Après un interminable marathon budgétaire, le Premier ministre aura finalement recours à l’article 49.3 pour adopter le projet de loi de finances 2026, a-t-il annoncé lundi 19 janvier.
- Le chef du gouvernement devrait pouvoir compter sur la bienveillance des députés socialistes, qui ont publiquement exprimé qu’ils ne censureraient pas le gouvernement. Ces derniers avaient pourtant fait, à l’automne dernier, du non-recours au 49.3 pour ne pas s’opposer à lui.
- Sébastien Lecornu, qui se laissait aussi la possibilité d’utiliser des ordonnances, doit dévoiler en personne sa stratégie à l’issue du Conseil des ministres, lundi en fin d’après-midi.
Derniers arbitrages budgétaires : le patronat oscille entre soulagement et agacement
En qualifiant le marathon budgétaire de «cuisine politicienne, qui pour flatter l’opinion accable les entreprises», le président du Medef Patrick Martin a marqué le peu de goût que lui inspire le choix de Sébastien Lecornu consistant à reconduire à l’identique la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises qui l’avait déjà hérissé en 2025. Amélie de Montchalin s’en est presque excusée : «Ce n’est pas l’idéal, je l’avoue, mais à un moment donné il faut avancer.» D’autres franges patronales les comprennent, comme le patron de la CPME Amir Reza-Tofighi : «La stabilité est une nécessité dans ce contexte incertain». Le récit de Frantz Durupt
Le budget 2026 va signer la fin de l'exemption fiscale pour «les biens personnels»
Le budget 2026 va mettre fin à une exemption qui a permis à des contribuables d’échapper à l’impôt en rangeant des «biens personnels» parmi les actifs d’une entreprise familiale, a annoncé Amélie de Montchalin. «Nous sortons tous les biens personnels, tous les biens somptuaires, des pactes Dutreil», a-t-elle expliqué en référence à la loi de 2003 qui allège la fiscalité lors de la transmission de l’entreprise familiales, afin d’aider ces dernières.
Amélie de Montchalin annonce des «économies supplémentaires» sur les opérateurs de l'Etat
Un petit geste envers LR pour tenter de s’éviter les foudres du parti. «Dans les prochaines heures, un certain nombre d’économies supplémentaires seront demandées» à certains opérateurs et agences de l’Etat, a indiqué la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, à l’issue du conseil des ministres. Ces économies, qu’elle n’a pas chiffrées, viseront notamment «l’excédent» de trésorerie de certaines structures, et doivent permettre de tenir l’objectif du gouvernement d’un déficit public à 5% du Produit intérieur brut (PIB).
Macron satisfait
Prenant la suite de Sébastien Lecornu et d’Amélie de Montchalin, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon s’est faite aussi la porte-parole du chef de l’Etat, qui a salué une copie budgétaire garantissant «la stabilité» et «permet[tant] au pays d’avancer».
LR maintient le suspense
Comme à son habitude depuis le début du marathon budgétaire, LR souffle le chaud et le froid. Dominateur au Sénat, le parti conservateur, bien plus marginal à l’Assemblée, ne sait pas toujours sur quel pied danser, comme en avait apporté la démonstration son positionnement pour le budget de la Sécurité sociale. Ce n’est pas parti pour être différent pour le budget, jugé «très imparfait» par le patron des députés LR Laurent Wauquiez. «Notre question, ce n’est pas l’outil qui est utilisé, notre question c’est le budget», a-t-il affirmé lors d’un déplacement en Haute-Savoie en compagnie du chef du parti, Bruno Retailleau. Chaud : «Depuis le début, on sait qu’avec l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, ce sera un budget imparfait, malgré des batailles qu’on a menées», a-t-il ajouté. Froid : l’Auvergnat estime tout de même avoir obtenu «des avancées» sur le maintien de l’impôt sur le revenu ou de la niche fiscale des retraités. «Maintenant on va le regarder dans le détail parce qu’il y a plein de zones qui ne sont pas encore clarifiées» et «notamment les économies». Bilan : on ne sait toujours pas si les députés LR voteront ou non les motions à venir. «On sera très vigilants» et «on décidera ensemble». Rendez-vous après la vente pour compter les points.
Les oppositions censureront
Comme attendu, ils censureront. Les députés LFI, les écolos et RN ont annoncé qu’ils voteront pour renverser le gouvernement Lecornu, après que le Premier ministre a annoncé son recours au 49.3 pour faire passer le budget. Les Insoumis voteront une motion de censure sitôt l’article de la Constitution activé, a confirmé Mathilde Panot. «Sébastien Lecornu impose donc le 49.3 pour passer en force son budget de malheur», a-t-elle dénoncé, non sans railler ses anciens alliés du PS. «Comble du ridicule pour les socialistes qui se vantaient de l’abandon de ce 49.3 (contre leur non-censure, à l’automne dernier). Contre ce budget et pour la dignité du Parlement, nous déposerons une motion de censure contre le gouvernement».
«Sébastien Lecornu trahit sa promesse envers les Français», a dénoncé sur le même réseau social le groupe du RN, soulignant que «la censure s’impose», sans confirmer si le groupe de Marine Le Pen déposerait lui-même une motion de censure ou voterait seulement celle de LFI. «Incapable de remettre en cause ses dogmes et de respecter la volonté populaire, la macronie s’apprête, avec le soutien du PS et de LR, à imposer par la force un budget massivement rejeté par les Français», a argué le parti d’extrême droite.
Les écologistes seront aussi de la partie. Dans un message commentant la décision du Premier ministre, la patronne du parti Marine Tondelier fait d’abord remarquer que «Sébastien Lecornu s’était engagé à ne pas utiliser le 49.3. Encore une preuve que les promesses des macronistes n’engagent que ceux qui les croient. Les Ecologistes n’ont aucune raison de ne pas censurer son gouvernement, car ce budget est mauvais pour les Français·es.»
Lecornu garantit que les 5% maximum de déficit seront tenus
Si des «éléments sur la copie seront évidemment précises dans les heures qui viendront», Lecornu lâche tout de même quelques promesses. Notamment que «nous tiendrons les 5%» maximum de déficit dans le budget de l’Etat pour 2026. Mais aussi que «les impôts pour les ménages seront les mêmes en 2026 qu’en 2025», ainsi que «pour 99% des entreprises».
La représentation nationale doit «prendre sa responsabilité», estime Lecornu
Selon Sébastien Lecornu, c’est désormais «à la représentation nationale de prendre sa responsabilité» alors que le vote du budget reste bloqué depuis des mois. «Est-ce qu’on renoue avec un scénario de crise», demande-t-il, «ou est-ce qu’on va vers une sortie de cette mauvaise séquence que nous connaissons depuis le mois de septembre ?».
Le 49.3 dégainé dès ce mardi
Au micro, Sébastien Lecornu confirme qu’il aura bien recours au 49.3 dès ce mardi 20 janvier, sur la partie recettes du budget de l’Etat. Ce qu’il dit faire avec «une certaine forme de regret et un peu d’amertume».
49.3 ou pas, Lecornu certifie qu'il n'a pas abandonné le «compromis» et la «concertation»
«Je n’ai pas abandonné la méthode de compromis et de concertation», insiste Sébastien Lecornu, qui explique s’être assuré auprès de diverses formations politiques - sans nommer lesquelles - qu’elles étaient en accord avec sa position mais ne «l’assumeront pas publiquement». Selon le Premier ministre, elles estimaient que l’absence de budget était «trop grave».
Le pari raté de Sébastien Lecornu
«En octobre, j’avais fait un pari, celui de gouverner différemment», explique Sébastien Lecornu à la sortie d’un conseil des ministres. Une référence à sa promesse du 3 octobre : il avait alors certifié qu’il n’aurait pas recours au 49.3. Tout comme il avait dit qu’il ne reviendrait pas au gouvernement après avoir démissionné de son poste de Premier ministre en octobre dernier. «Ce pari, c’était de se dire que le parlement devait aller jusqu’au bout pour un moment de grande clarification», poursuit-il.
Finalement, Lecornu utilisera le 49.3
Fin du suspense. Sébastien Lecornu a officialisé lundi qu’il recourrait à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire passer le budget de l’Etat 2026 sans vote. La manœuvre exposera le Premier ministre à plusieurs motions de censure, celles du RN et de la France insoumise, pour lesquelles il devrait compter sur l’indulgence des socialistes, satisfaits des concessions obtenues sur le texte.



