Vingt ans jour pour jour après la mort d’Ilan Halimi, torturé puis tué car juif, Emmanuel Macron lui rend hommage ce vendredi 13 février. Dans une cérémonie débutée à 11 heures, à l’issue de laquelle il plantera un chêne dans les jardins de l’Elysée, réaction symbolique aux arbres hommage au jeune homme vandalisés ces dernières années sur fond d’explosion des actes hostiles aux juifs, il a dénoncé «l’hydre antisémite» qui s’immisce «dans chaque interstice» de la société.
Antisémitismes
Le chef de l’Etat s’en est pris successivement à «l’antisémitisme islamiste à l’origine du pogrom du 7 octobre», à «l’antisémitisme d’extrême gauche […] qui le dispute à celui d’extrême droite et ses clichés sur la puissance et la richesse» et à «l’antisémitisme qui utilise le masque de l’antisionisme pour progresser à bas bruit». S’adressant aux élus, à un mois des municipales, il s’est également prononcé en faveur d’une «peine d’inéligibilité obligatoire» pour les élus coupables d’«actes et propos antisémites et racistes».
Quelque 200 invités sont rassemblés au palais présidentiel, dont la famille d’Ilan Halimi, des jeunes engagés dans la lutte contre l’antisémitisme et les plus hauts représentants des autorités judiciaires.
Interview
Ilan Halimi, 23 ans à l’époque des faits, a été retrouvé agonisant le long d’une voie ferrée à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) et décédé lors de son transfert à l’hôpital, au terme de trois semaines de sévices par le «gang des barbares». «Ce crime habite depuis 2006 la mémoire républicaine du pays […], on peut même parler de martyre», a préalablement souligné un conseiller élyséen, qui ajoute : «Il rappelle qu’il faut encore et toujours lutter contre ce que Zola appelait «l’odieux antisémitisme».»
Vingt ans plus tard, cette lutte est plus que jamais d’actualité et sera au cœur du discours présidentiel, alors que les actes antisémites restent à un niveau élevé. Ils ont certes diminué de 16 %, à 1 320 actes recensés en 2025, mais «n’ont jamais été aussi élevés que pendant les trois dernières années» et comptent pour 53 % de l’ensemble des faits antireligieux, selon des chiffres du ministère de l’Intérieur publiés jeudi.
Leur forte hausse fait suite à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, suivie du lancement de l’offensive israélienne à Gaza.
«Solidarité et affection»
Emmanuel Macron va non «seulement dresser un constat mais aussi identifier, qualifier les propagateurs et les propagandes qui diffusent au cœur de notre nation le poison antisémite», relève le conseiller présidentiel. Avec en ligne de mire «l’extrême droite comme l’extrême gauche» et les «cercles identitaires comme communautaires».
Le chef de l’Etat va aussi rappeler la nécessité du combat contre «l’antisémitisme, d’où qu’il vienne», et «délivrer un message de solidarité et d’affection envers tous les citoyens juifs de ce pays».
Il plantera ensuite un chêne, «symbole d’enracinement de la mémoire d’Ilan Halimi dans la République», dans la tradition des arbres de la liberté, de la laïcité ou de la fraternité, selon l’Elysée. L’espèce, un chêne sessile pouvant vivre jusqu’à 1 000 ans, a été choisie en lien avec la famille pour sa symbolique, «la force, la longévité et la justice», précise un autre conseiller.
Reportage
«C’est aussi envoyer un message à tous ceux qui ces derniers mois ont tenté de s’en prendre à la mémoire d’Ilan Halimi en tronçonnant ou en coupant des arbres. Ils peuvent bien tenter de tous les tronçonner, à la fin, il en restera un dans le jardin de la République et sous sa protection», dit-il.
Un olivier planté dans la banlieue de Lyon (Rhône) a été en partie sectionné en janvier. En août 2025, un arbre avait aussi été abattu à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Deux frères ont été condamnés pour cet acte, l’un à huit mois de prison ferme, l’autre à huit mois de prison avec sursis. Mais le tribunal n’avait pas reconnu le caractère antisémite de leur acte. Le parquet a fait appel.
Dans l’après-midi, le Premier ministre Sébastien Lecornu remettra de son coté le 8e prix Ilan Halimi, destiné à récompenser des initiatives prises par des jeunes pour lutter contre l’antisémitisme.




