Croche-pattes entre amis, ça tourne ! A quatre jours d’un vote de confiance qui devrait, sauf énorme surprise, entraîner la chute du gouvernement de François Bayrou, le parti Les Républicains (LR) replonge dans la cacophonie. Invité de RMC et BFM TV ce jeudi 4 septembre, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il ne censurerait ni un «gouvernement socialiste», ni un gouvernement Rassemblement national. L’hypothèse est encore loin, même si le chef de l’Etat, réunissant mardi les chefs du bloc central, les a enjoints de «travailler avec les socialistes». Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, revendique, lui, Matignon pour son camp.
Après la chute de Michel Barnier et avant la nomination de Bayrou, en décembre, Laurent Wauquiez expliquait pourtant que ses troupes censureraient un gouvernement qui «met[trait] en œuvre le programme du NFP ou comporte[rait] des députés LFI». L’ancien ministre brandit aujourd’hui l’argument de la «stabilité». «Nous ne faisons pas partie de ceux qui font tomber des gouvernements dans ce pays, tout simplement parce que quel qu’il soit, je pense que l’instabilité, c’est catastrophique pour le pays», a-t-il affirmé sur BFM TV.
Retailleau essaye de se «refaire la cerise»
Le patron du parti n’a pas franchement goûté à l’interview matinale de son ancien rival à la présidence du parti. «La droite refusera toujours la politique du pire, pour la stabilité du pays, a commenté le ministre de l’Intérieur sur X. Mais il n’est pas question de cautionner la pire des politiques.» Rendossant l’argument d’une droite qui aurait accepté des responsabilités uniquement pour «empêcher la gauche» de gouverner, Retailleau prévient qu’il «ne peut pas y avoir de chèque en blanc». Le Vendéen n’exclut pas, lui, une censure d’un gouvernement PS. S’il «devait mener une politique contraire aux intérêts de la France, le devoir de la droite serait de l’empêcher», menace-t-il. Pas un mot en revanche sur un hypothétique gouvernement Rassemblement national…
L’entourage de Wauquiez argue d’une «version tronquée» de ses propos, mais cogne quand même sur la réplique de Retailleau : «C’est de bonne guerre pour essayer de se refaire la cerise après dix jours pourris. Mais il n’est plus en campagne, il est président du parti. Logiquement, il devrait avoir d’autres priorités que l’obsession Wauquiez.»
Titillé, le député de Haute-Loire a précisé son propos, en marge d’un événement aux airs de lancement de campagne de Jean-Michel Aulas, candidat aux municipales à Lyon. «Il n’y a pas de censure automatique parce que nous ne voulons pas nourrir a priori l’instabilité mais bien évidemment si un gouvernement devait faire un travail contraire à nos valeurs et à l’intérêt de la France, nous le censurerions.» L’ex-patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes refuse la «compromission avec les socialistes» et affirme que son camp ne participera ni ne soutiendra un gouvernement PS.
«Il est prêt à tout pour que Retailleau sorte du gouvernement»
Chez LR, la position du député de Haute-Loire a également fait tiquer. «Wauquiez en premier secrétaire du PS, je ne l’avais pas vu venir, se marre un député, tendance Retailleau. Il est prêt à tout pour que Retailleau sorte du gouvernement.» Un autre, plutôt pro-Wauquiez, se montre lui aussi sceptique : «Si un Premier ministre socialiste prépare 20 milliards de hausses d’impôts, est-ce qu’on pourra soutenir ça ?»
A la sortie de Matignon après un échange avec François Bayrou, le patron du PS, Olivier Faure, s’est de son côté réjoui de la position de Wauquiez. «Il y a une proposition sur la table, elle permet d’offrir un autre regard sur l’avenir, a répondu le député de Seine-et-Marne, évoquant l’hypothèse d’un gouvernement socialiste. Je pense que ça mérite d’être discuté. Tant mieux si Laurent Wauquiez dit qu’il ne censurerait pas ce gouvernement.»
Quant à l’ex-patron des Républicains, Eric Ciotti, il s’est payé ses anciens camarades, «incapables de tracer une ligne claire». «Après avoir refusé l’union des droites, a écrit l’allié de Marine Le Pen dans un communiqué, ils [Les Républicains] en viennent aujourd’hui à envisager de ne pas censurer le gouvernement Bayrou et, pire encore, à tendre la main à un futur gouvernement socialiste.»




