Attention, terrain glissant. Plusieurs responsables politiques ont réagi au mouvement de contestation des agriculteurs contre la politique d’abattage de bovins défendue par le gouvernement pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Différents axes routiers, en particulier dans le Sud-Ouest, ont ainsi été bloqués ce samedi 12 décembre par des éleveurs en colère. Face à cette fronde, et même si le gouvernement a annoncé un élargissement de la zone de vaccination, le monde politique leur affiche son soutien.
Convergence des luttes
«L’abattage systématique des troupeaux est absurde», a ainsi jugé Jean-Luc Mélenchon sur X ce samedi. «Des institutions scientifiques et professionnelles disent qu’on peut faire autrement. Le gouvernement répond en envoyant la police à coups de grenades lacrymogènes. Nous protestons contre cet usage disproportionné de la force qui a fait des blessés», a poursuivi le chef de file de La France insoumise en faisant référence à l’intervention des forces de l’ordre dans une exploitation ariégeoise pour déloger des contestataires et laisser les vétérinaires euthanasier les bêtes.
«Le pouvoir ne doit pas se raidir : il doit entendre»
Plus prudente, Marine Le Pen a simplement insisté vendredi depuis son fief d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) sur le besoin «urgent» d’une concertation avec les agriculteurs pour trouver des solutions alternatives à l’abattage des troupeaux affectés par la DNC. «Je veux croire qu’il existe une solution qui puisse être réfléchie et décidée avec l’ensemble des représentants des agriculteurs, des responsables sanitaires et des membres du gouvernement», a considéré la députée du Pas-de-Calais.
Décryptage
Lui fait la synthèse. A mi-chemin entre la contestation des méthodes de répression des opposants et l’appel au dialogue, le député Debout! de la Somme François Ruffin a écrit sur X : «Les éleveurs frappés par la DNC vivent un double choc : l’abattage de leurs bêtes, et la matraque quand ils se défendent. On peut faire autrement. On doit faire autrement». Et l’ancien insoumis de lancer un appel au gouvernement : «Madame la ministre Annie Genevard, écoutez-les. Le pouvoir ne doit pas se raidir : il doit entendre».
Laurent Nuñez retient les coups des forces de l’ordre
Du côté des Ecologistes, le parti de Marine Tondelier a fait part dans un communiqué de son «soutien aux paysans» et appelé «à repenser nos politiques sanitaires». Les verts ont ainsi déploré que «les éleveurs [aient] dû accepter ces abattages, on ne leur a tout simplement pas laissé le choix». Par ailleurs, «au nom de la solidarité sanitaire, nous avons assisté à autant de drames humains, sociaux et économiques», regrettent-ils. Et les Ecologistes d’ajouter, citant eux aussi l’exemple ariégeois : «De plus, le gouvernement ajoute à la violence d’un abattage de troupeau la violence d’une intervention policière sans commune mesure avec la situation».
Un vaste consensus avec lequel seule la seule position du gouvernement diverge, et encore. La ministre de l’Agriculture, qui défend la politique d’abattage pour éviter une vaccination généralisée dont les conséquences sur les exportations françaises pourraient être néfastes, a elle-même lâché du leste en élargissant la zone de vaccination et en assurant ce samedi que «près d’un million d’animaux» seraient bientôt vaccinés.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a quant à lui préconisé «l’apaisement» et demandé aux préfets et responsables de la police et de la gendarmerie de faire preuve de «souplesse» et de «tact» face aux actions des éleveurs en colère et d’intervenir uniquement en cas de «violences», selon son entourage.




