«Ah, c’est vous Monsieur Mulatier ?», interroge une petite dame, sourcil levé. Sur le marché de Seynod, l’une des communes déléguées de la ville nouvelle d’Annecy créée en 2017, et sous une pluie battante, Alexandre Mulatier-Gachet, actuel premier adjoint chargé des finances, travaille à améliorer sa notoriété. Le maire (apparenté écologiste), François Astorg, ayant décidé de ne pas se représenter après un mandat «exaltant, mais difficile et parfois usant», cet ingénieur commercial de 38 ans, non encarté, a pris la tête d’un «rassemblement des forces citoyennes, sociales, humanistes et écologistes» pour les municipales de mars. Il est soutenu par le PS, le PCF, les Ecologistes et Place publique. La France insoumise présente son propre candidat, Vincent Drême.
En 2020, Astorg avait pris la ville par surprise. Son bilan est jugé sévèrement par les Annéciens : si la végétalisation de la ville et le développement des transports en commun sont salués, la hausse de la fiscalité, les difficultés pour se loger dans cette ville touristique et surtout les conditions de circulation et de stationnement, qui n’ont pas été améliorées par un nouveau plan de circulation du centre-ville, nourrissent le rejet de la municipalité sortante.
«L’environnement n’est pas la priorité»
Mulatier-Gachet, qui n’a accédé au poste d’adjoint qu’à mi-mandat, en 2023, n’hésite pas à se démarquer et insiste sur le renouvellement, avec une liste qui sera composée «à 25 % d’élus de la majorité sortante dont la branche la plus radicale n’est plus là, à 25 % de représentants des partis et à 50 % de citoyens».
Le tract qu’il distribue ce matin ne porte aucune mention de l’écologie. «Je veux être le maire de l’hyperproximité, un maire qui rassure, très présent, plus qu’a pu l’être l’équipe précédente, explique-t-il. Les soucis du quotidien – logement, déplacements, sécurité – sont aujourd’hui dans toutes les discussions : l’environnement n’est pas la priorité.» S’il défend ses «convictions sociales, humanistes et écologistes» et classe en haut de sa pile l’encadrement des loyers, il défend aussi une police renforcée, avec une brigade de nuit et 100 nouvelles caméras de surveillance.
«Annecy ne peut pas perdre à nouveau six ans»
À peine a-t-il quitté le marché que débarque son challenger, Antoine Armand (Renaissance). À 34 ans, élu député de Haute-Savoie en 2022 et réélu en 2024 face au RN, il fait le tour des étals en vieux routier. Enarque et normalien, ce jeune baron de la macronie, éphémère ministre de l’Economie du gouvernement Barnier fin 2024, a mis toutes les chances de son côté pour prendre Annecy : il est soutenu par Renaissance, Les Républicains, Horizons, le Modem, l’UDI, le Parti Radical et de nombreuses personnalités locales.
Interpellé sur le marché par des Annéciens, il affiche la couleur, fustigeant «l’incompétence» et le «dilettantisme» des élus sortants : «Il faut que ça change, Annecy ne peut pas perdre à nouveau six ans.» Oui, «on va adapter» la réglementation créée contre la prolifération des Airbnb, promet-il à l’une. Oui, «l’accès des voitures à Annecy est nécessaire, on a besoin d’une ville qui vit, qui travaille», assure-t-il à l’autre. Il distribue son programme, 30 pages, un plan choc pour les 100 premiers jours, et se projette sur deux mandats : «C’est ce qu’il faudra pour que les standards de vie soient rétablis !»
Armand est en tête des sondages, mais de peu : autour de 30 % des intentions de vote, quand Mulatier-Gachet est plutôt à 25 %. Il faut dire que le candidat Renaissance fait face à un écueil : Jean-Luc Rigaut, maire (centre droit) d’Annecy de 2007 à 2020, tente son retour, à 67 ans. Isolé, il assure toutefois qu’à la tête «d’une équipe de jeunes passionnés», il veut «rendre son âme à Annecy» et restaurer «la confiance entre le maire et les citoyens». Il fustige son «adversaire» Mulatier-Gachet, «qui incarne la suite de l’équipe actuelle et sa gestion calamiteuse» et tacle son «concurrent» Armand, qu’il verrait bien «rester député» – «il est brillant» –, quand lui se considère comme «le pilote» expérimenté, à la forte notoriété, dont Annecy a besoin. Il oscille entre 21 et 25 % dans les sondages.
Les négociations entre Rigaut et Armand ont échoué. L’ancien maire souhaite «laisser le choix démocratique aux Annéciens» au premier tour. Et le député n’offre à Rigaut, qu’il tient pour co-responsable «de décennies de sous-investissement» dans les infrastructures de la ville, que la possibilité de «rejoindre (sa) dynamique» avant le premier tour. Etant donné la présence probable du candidat RN, Guillaume Roit-Lévêque, au second tour (autour de 15 % dans les sondages), la menace d’une quadrangulaire pèse sur les ambitions d’Armand… et porte les espoirs de Mulatier-Gachet : espérant capter les voix du candidat LFI (6 à 7 % dans les sondages) avec lequel il exclut toute alliance, il veut croire qu’il est en mesure de «garder Annecy à gauche».




