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«Dans extrême droite, il y a droite», «le bloc fasciste se recompose» : la gauche indignée par la proposition d’alliance avec le RN de Ciotti

L’appel du président de LR à une alliance avec le RN ce mardi 11 juin provoque l’indignation notamment à gauche, où plusieurs ex-députés s’inquiètent d’une possible recomposition de l’échiquier politique en cas de ralliement à l’extrême droite.

Le 11 juin, Sandrine Rousseau interpelle Eric Ciotti devant les locaux des Républicains après que le député a annoncé sa volonté de nouer un accord avec le RN. (Eliot Blondet/Abaca)
Publié le 11/06/2024 à 16h52

«Honte», «folie pure», «choc». L’annonce télévisée fracassante faite par Eric Ciotti ce mardi 11 juin, qui a tendu la main à l’extrême droite en évoquant une alliance entre son parti Les Républicains et le Rassemblement national, a provoqué un véritable séisme. Dans sa famille politique d’abord, où les appels à sa démission se multiplient. Sa compromission avec le RN n’a pas tardé à faire réagir bon nombre de représentants des forces de gauche, ulcérés par un tel revirement.

Quelques minutes plus tard, lors d’une intervention devant le siège de son parti, le patron du parti de droite a été interpellé par Sandrine Rousseau : «Honte à vous M. Ciotti, lui a lancé l’ex-députée Nupes dans une séquence diffusée sur BFM TV. Vous ne méritez pas le nom [Les Républicains, ndlr] qui est inscrit sur votre façade.»

D’autres députés étiquetés à gauche paraissent abasourdis par cette décision. «Le choc», lâche par exemple sur X Louis Boyard (LFI), élu Nupes du Val-de-Marne. Et de réclamer «une mobilisation générale». «Pas une voix ne doit manquer le 30 juin», écrit-il encore sur le réseau social. Ian Brossat évoque une «folie pure» et appuie le fait que «la responsabilité de la gauche doit être totale. L’heure n’est plus aux tergiversations».

Même son de cloche pour le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, pour qui «toutes les digues ont sauté». Avant d’ajouter : «LR fait alliance avec le RN [pour l’instant, “seulement” son président, Eric CIotti, ndlr]. Notre responsabilité : la résistance. Notre chemin : le Front populaire.» L’hypothèse d’une majorité absolue «pour le RN et ses ralliés n’est plus une hypothèse d’école», s’inquiète de son côté le premier secrétaire du PS Olivier Faure, pour qui «la macronie n’existe plus».

«L’extrême droite, c’est la droite !»

D’autres tentent d’analyser à court terme les possibles conséquences de ce ralliement – encore potentiel – de LR au RN. La députée sortante du Val-de-Marne Rachel Keke estime qu’avec cette alliance «le bloc fasciste se recompose». Pour la députée sortante insoumise Raquel Garrido, «l’alliance acceptée par Eric Ciotti montre une chose : l’extrême droite, c’est la droite ! Si vous avez voté Bardella en pensant que ça remplirait le frigo ou qu’il allait s’occuper de l’école publique : détrompez-vous». Idem pour le sénateur communiste Ian Brossat : «Ciotti rejoint Bardella avec son programme : hausse de la TVA, 100 millions d’euros de coupes dans l’hôpital et l’école publique, retour des 39 heures de travail par semaine. Dans extrême droite, il y a droite !» s’exclame-t-il sur X.

Alexis Corbière replace, lui, cette décision dans un temps plus long, celui de l’histoire politique de la France depuis la Seconde Guerre mondiale : «La décision de Ciotti de s’allier avec le RN est un bouleversement historique. Depuis 1945, les grands dirigeants nationaux de la droite avaient toujours refusé cette alliance.»

Côté Ecologistes, Marine Tondelier compare ce mardi 11 juin au jour «où “Les Républicains” sont clairement sortis du champ républicain». La cheffe de file du parti liste plusieurs conséquences à chaud : l’une voudrait que «la possibilité d’une alliance Macron-LR [serait] morte», l’autre que «la seule alternative au Front national est désormais le Front populaire». Puis «il va falloir trouver un nouveau nom pour leur mouvement», souligne-t-elle aussi, non sans une pointe d’ironie.

Le directeur de l’Humanité et militant du PCF, Fabien Gay, résume la donne qui découlerait de la décision d’Eric Ciotti, pourvu qu’elle soit suivie par les caciques du parti : «Le 30 juin et le 7 juillet, vous aurez deux choix : le Front populaire ou le Front de la honte !»

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