De jolies maisons en pierre jaunâtre, quelques petites barres de HLM et une collégiale de style roman, le tout surplombé par quatre pics rocheux censés figurer les fils Aymon qui, selon la chanson de geste, guerroyèrent contre Charlemagne. Et puis au soleil, sur les bords de Meuse, quelques tables en plastique, disposées devant une baraque à frites où vient de s’arrêter un couple de motards en vadrouille. Bogny-sur-Meuse, tranquille patelin de 5 000 habitants un peu perdu dans la verdure des Ardennes, ne dévoile pas ses blessures au premier coup d’œil.
«On bricole un château de cartes»
Et pourtant. «On a l’impression que la pauvreté n’existe pas quand on ne peut pas la voir. Et la pauvreté horizontale se voit moins que celle des grandes tours, verticale. Ici, il y a des gens qui vivent dans de belles petites maisons vues de l’extérieur mais, dès qu’on pousse la porte, c’est la cata», explique Lahcen Madouani, directeur du centre socioculturel (CSC) Aymon Lire, au volant de sa voiture. Dans ce coin déshérité de l’un des départements les plus pauvres de France, les habitants de Bogny assistent depuis des années à la fuite de leurs services publics. Bon nombre d’entre eux (CAF, Carsat, Pôle Emploi) ont déjà déserté ses rues et, dans le village d’à côté, le Trésor public devrait leur emboîter le pas d’ici la fin de l’année. Ces départs laissent à la peine une population qui n’a pas toujours de permis de conduire ou de voiture, souvent larguée et angoissée à l’idée de faire ses démarches sur Internet. L’ill




