Modane, 1 000 mètres d’altitude. Une poignée de marchands attend le chaland sous un crachin gelé. Fruits et légumes, fromages, viandes rôties : chaque jeudi, sur la place de ce village de Savoie de 3 000 habitants, le marché propose quelques étals de produits frais. L’Italie n’est qu’à une volée de cette vallée encaissée entre les montagnes. En cette mi-mai, sac de courses à la main, l’autre enfoncée dans la poche de sa doudoune, une quadra se presse : «Ah, les européennes ! Je ne sais pas… Pas Bardella déjà, c’est sûr !» Plus loin, dans la rue principale, Danièle, 73 ans, garde espoir : «J’aimerais que Glucksmann soit au moins en deuxième position, ce serait déjà une bonne victoire, estime l’infirmière retraitée. Je ne suis pas d’accord avec tout mais, au moins, il bosse. J’encourage mes copines à voter pour lui, mais certaines disent que c’est un bobo.» Installée à Modane depuis une quinzaine d’années, elle se réjouit d’avoir trouvé «un lien social fort ici, une mixité, des valeurs de gauche». Pour combien de temps ? «Je sens aussi que le RN monte, des copines se posent la question, on en parle beaucoup chez les gens de ma génération.»
Deux jours plus tôt, environ 200 km au nord, un autre marché, au pied d’un autre massif : Annemasse, 38 000 habitants, en Haute-Savoie. Le mardi, une grande esplanade accueille des dizaines de vendeurs. Du maraîchage, des gamelles de couscous, des piles d’acras et de chapatis. La partie réservée à l’alimenta




