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Libération
Poker menteur

L’exécutif agite la menace d’une nouvelle dissolution, les oppositions la jouent insensible

Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer d’éventuelles élections législatives anticipées en même temps que les municipales, en mars. Le Premier ministre est visé par deux motions de censure du RN et de LFI qui doivent être débattues la semaine prochaine.

Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, le 9 décembre 2025. (Sarah Meyssonnier/Reuters)
Publié le 10/01/2026 à 15h19, mis à jour le 11/01/2026 à 19h48

L’équilibre de la terreur ou le jeu de la barbichette, au choix. Une source au sein de l’exécutif a fait savoir à l’AFP, vendredi 9 janvier au soir, que Sébastien Lecornu avait donné instruction à son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de préparer l’organisation d’éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les élections municipales des 15 et 22 mars. Au cas où… Manière de faire passer le message aux députés tentés de renverser le gouvernement Lecornu.

En cas d’adoption d’une motion de censure, Emmanuel Macron, qui a déjà dissous l’Assemblée nationale en juin 2024, pourrait récidiver. Si ce «n’est pas une menace», ajoute cette source, ça y ressemble ; la même, précisant que le Président et le Premier ministre sont d’accord sur le fait que la chute du gouvernement entraînerait un retour aux urnes. «Soyons clairs. Je ne veux ni de la censure, encore moins de la dissolution. Mon combat, c’est la stabilité et repousser le désordre», s’est défendu samedi Sébastien Lecornu auprès du Parisien, s’affichant d’abord soucieux d’échapper au couperet des parlementaires.

Le moment est en effet choisi : deux motions de censure viennent d’être déposées, respectivement par le RN et LFI, contre l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur qui doit être signé samedi 17 janvier au Paraguay.

Les motions de censure doivent être débattues en milieu de semaine prochaine à l’Assemblée nationale, mardi ou mercredi. Il est toutefois peu probable qu’elles soient adoptées. Emmanuel Macron a annoncé, dès jeudi, que la France votait contre le traité de libre-échange, à l’unisson d’une classe politique unanimement opposée à cet accord. Particulièrement agacé par les initiatives des députés RN et LFI, Sébastien Lecornu a fustigé, sur le réseau social X, des «postures cyniques partisanes» qui «retardent les discussions budgétaires». Rebelote, le chef du gouvernement a de nouveau averti les oppositions dans le Parisien : «La motion de censure enverrait un signal dramatique au moment où on cherche le compromis et un message encore plus dramatique au vu de la situation politique internationale.»

Mais ces deux motions pourraient en cacher une autre, alors que les députés ont repris, cette semaine, leurs discussions, en commission, sur le projet de loi de finances pour 2026. Si jamais le Premier ministre finissait par activer l’article 49.3 pour faire adopter le budget sans passer par un vote, une motion de censure serait logiquement déposée. Voilà les députés, pour la plupart peu enthousiastes à l’idée de remettre leur mandat en jeu lors de législatives anticipées, prévenus.

«Menace voilée» et «chantage»

Le coup de pression de l’exécutif n’a pas semblé faire trembler Jean-Luc Mélenchon. «Si le Premier ministre croit qu’il nous menace, il se trompe. Nous n’avons pas peur de l’élection», a répliqué vendredi soir le leader de LFI, interrogé par des journalistes en marge d’un déplacement à Villeurbanne (Rhône).

Pour l’eurodéputé RN Thierry Mariani, qui rappelle, ce samedi sur France Info, que le parti d’extrême droite réclame depuis des mois une dissolution, cette «menace voilée est destinée en réalité à cette fausse opposition qui permet au gouvernement de rester en place, les Républicains et les socialistes».

Interrogé à son tour, toujours sur France Info, le porte-parole des députés PS, Arthur Delaporte, a, lui, assuré que son groupe était «assez peu sensible à cette espèce de chantage». Une menace qui «n’a aucun sens», a renchéri dimanche sur France inter, l’ancien président de la République, François Hollande: «Le rôle d’un Premier ministre […] c’est quand même de mettre un peu de stabilité là où il y a de l’inquiétude», a-t-il objecté en estimant qu’«on ne doit pas parler de dissolution» au moment où les maires préparent les élections municipales.

Si le chef de file des députés socialistes, Olivier Faure, a écarté, dimanche sur BFMTV, un vote favorable de ses troupes aux motions de censure de LFI et du RN, il n’a rien exclu, à ce stade, sur le projet de loi de finances : si la copie budgétaire du gouvernement «est passable, nous abstiendrons, si elle est mauvaise nous voterons éventuellement une motion de censure», a-t-il même averti.

Mis à jour le 11 janvier à 19h30 avec les déclarations de François Hollande sur France Inter et d’Olivier Faure sur BFMTV.

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