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Municipales 2026 : à Nîmes, la division des droites ouvre le chemin au Rassemblement national

Pour renforcer ses chances, le parti d’extrême droite présente dans la préfecture du Gard l’une de ses têtes d’affiche, l’eurodéputé Julien Sanchez, longtemps maire de la proche commune de Beaucaire.

Julien Sanchez, lors des vœux à la presse du RN, à Paris, le 27 janvier 2025. (Denis Allard/Libération)
ParSolange de Fréminville
correspondance à Montpellier
Publié le 03/02/2026 à 15h07

Un maire sortant qui ne se représente pas, une droite au pouvoir depuis vingt-cinq ans et très divisée… A Nîmes, le Rassemblement national compte exploiter les failles politiques locales pour remporter les élections municipales des 15 et 22 mars. Le parti d’extrême droite présente un candidat ancré dans le Gard, Julien Sanchez, député européen et vice-président du RN, qui a tenu les rênes de la commune de Beaucaire (15 000 habitants) pendant dix ans, jusqu’en 2024. Le caractère propice du terrain n’est plus à démontrer : dans ce département paupérisé, la vague de mécontentement et de dégagisme a permis au RN et à son allié ciottiste de l’UDR de rafler l’ensemble des six circonscriptions aux élections législatives de 2024.

Pas peu sûr de lui, Julien Sanchez s’est décrit, au micro d’Ici Hérault le 19 janvier, en «meilleur candidat du RN», parce qu’«il a déjà dirigé une ville». A Beaucaire, où il avait été réélu en 2020 avec 60 % des voix au premier tour – mais moins de 30 % des inscrits – celui qui promet avant tout «d’agir pour la sécurité» se félicite d’avoir «doublé les effectifs de la police municipale», «en poste 24 h /24». Il y a aussi fait valoir ses obsessions identitaires : installation d’une crèche de Noël dans la mairie en violation de la loi de 1905, ce qui a valu à la commune des condamnations par la justice et de lourdes amendes, adoption d’une charte «Ma commune sans migrants», porc imposé le lundi au menu de la cantine… Depuis des années, des commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine s’estiment victimes de discriminations, selon une enquête, publiée en septembre, des médias l’Arlésienne et StreetPress, que Julien Sanchez a aussitôt attaqués en diffamation. L’audience est attendue d’ici à la mi-mars. L’élu a aussi été condamné par la CEDH pour avoir laissé prospérer des propos anti-musulmans sur son compte Facebook.

«On a pratiquement perdu d’avance»

La situation générale de la ville, elle, ne s’est pas améliorée. La population décline (-0,2 % entre 2016 et 2022), tandis que les taux de pauvreté (30 %) et de chômage (18 %) restent très importants, d’après l’Insee. La gestion de la mairie a été éreintée en 2020 par la chambre régionale des comptes, qui a relevé un refus de collaboration avec la communauté de communes, un pouvoir excessif du directeur de cabinet du maire sur l’administration, le recrutement irrégulier de contractuels…

Discret dans les rues de Nîmes depuis le lancement de sa candidature, le 17 janvier, Julien Sanchez compte notamment, pour percer, sur les divisions à droite. «Je le dis depuis le début, si on a deux candidats, on a pratiquement perdu d’avance», a reconnu, lucide, le maire sortant Jean-Paul Fournier (LR), auprès de la Gazette de Nîmes, dès octobre. Dans la guerre qui oppose deux de ses proches, il a pris le parti de Franck Proust, président de la métropole de Nîmes, soutenu par LR et Horizons. En face, Julien Plantier, ex-premier adjoint, allié à Valérie Rouverand (Renaissance), bénéficie de l’appui d’Yvan Lachaud, ex-président de la métropole, délégué départemental d’Horizons… et pire ennemi de Franck Proust. «Je ne vous pardonnerai jamais le mal que vous m’avez fait», a lancé celui-ci à son rival, d’après la Gazette de Nîmes, l’invectivant en plein conseil communautaire, en septembre 2024, juste après avoir été relaxé dans «l’affaire de la Senim» (société d’économie mixte d’aménagement de la ville et l’agglomération de Nîmes), dénoncée par Yvan Lachaud en 2007.

Autre boulet que traîne l’équipe sortante : son bilan. A l’instar de Beaucaire, Nîmes, 150 000 habitants, s’enlise dans la pauvreté (31 %), tandis que sa population diminue, d’après l’Insee, dans un département pourtant en croissance démographique. Et l’insécurité explose dans des quartiers populaires à l’abandon, en proie au narcotrafic. Si le RN l’emportait, Nîmes pourrait devenir la ville la plus importante gérée par le parti d’extrême droite, devant Perpignan (121 000 habitants) – à moins qu’il ne remporte aussi une autre métropole, comme Marseille ou Toulon.

En gauche, l’enjeu d’une alliance avec LFI

Le délitement de la droite nîmoise donne aussi des ailes à l’alliance de gauche, Nîmes en commun (PCF, Les Ecologistes, PS, Place publique, Debout !, le Parti radical de gauche, Génération·s) et à sa tête de liste, le communiste Vincent Bouget. La liste revendique un «ancrage associatif, avec un tiers de la liste issu de la société civile engagée», selon Amal Couvreur, 2e sur la liste, et un projet social : «création et rénovation de logements, gratuité des transports en commun pour les moins de 18 ans et plus grande amplitude horaire, fort soutien aux associations et aux services publics…», énumère la vice-présidente du conseil départemental du Gard, déléguée à la politique de la ville (sans étiquette). Reste un enjeu majeur, celui de l’alliance avec LFI, dont la liste autonome est menée par Pascal Dupretz. Mais pour Manuel Bompard, coordinateur national des insoumis, en meeting à Nîmes le 17 janvier, pas de doute : «Face au RN, comme on l’a toujours fait, on organisera le rassemblement» au second tour

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