On ne devrait jamais quitter le Béarn. Ou Pau. On imagine bien François Bayrou, en plein chemin de croix à Matignon, se peindre en Lino Ventura regrettant Montauban dans les Tontons Flingueurs. L’ancien Premier ministre n’a d’ailleurs jamais vraiment quitté la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, dans l’esprit comme dans la lettre. A Matignon, il continuait de présider le conseil municipal, pressant même la réouverture d’une ligne aérienne pour rejoindre les Palois plus rapidement. C’est donc sans surprise qu’il a officialisé dimanche sa candidature pour un troisième mandat à la tête de la ville, convoitée par la gauche.
«Quand vous avez prouvé pendant douze ans que vous respectiez intégralement, et bien au-delà, les engagements que vous avez pris, alors ça veut dire que vous respecterez les engagements que vous prendrez», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse, s’attardant longuement sur son bilan et notamment ses «réussites» en matière de sécurité.
La tache Bétharram
Il a ainsi critiqué ses adversaires politiques, «qui ont voté contre tout» ce qu’il considère comme des avancées pour Pau, comme «l’armement de la police municipale» ou la vidéosurveillance, devant une centaine de soutiens rassemblés dans une loge du stade de rugby de la Section paloise. A 74 ans, le maire sortant, également inamovible patron du MoDem, a aussi un programme : l’aide aux «habitats partagés entre générations», le soutien aux «mamans seules» ou la création d’une «école du soir pour tout le monde».
Quatre mois après avoir été renversé par l’Assemblée, et un mois après un court séjour à l’hôpital pour une grippe sévère, il repart donc à l’assaut d’une mairie qu’il occupe depuis 2014, après une année d’échecs et de tumultes politiques.
Son opposition lui reproche particulièrement son silence dans le scandale pédocriminel de Bétharram. Environ 200 anciens élèves de ce collège-lycée privé, où ont été scolarisés plusieurs de ses enfants et où son épouse enseignait le catéchisme, ont porté plainte ces derniers mois pour des sévices physiques et sexuels commis par le personnel de l’époque. Tout au long des révélations et des témoignages, y compris de sa fille, François Bayrou n’a eu de cesse de nier avoir été au courant, jugeant que l’affaire était «faite pour le détruire».
Deux listes de gauche
Face à lui, le triple candidat à la présidentielle fera face à six candidats déclarés, dont son ancien adversaire Jérôme Marbot, socialiste à la tête d’une coalition de gauche hors France insoumise, qu’il avait déjà affronté et battu au en 2020. Ce dernier estime que la déclaration de François Bayrou est la «fin d’un vrai faux suspense», jugeant que «depuis des mois, le maire fait une campagne qui ne dit pas son nom». «Nous démontrerons que son projet est dépassé», a-t-il réagi auprès de l’AFP.
Son autre opposant, Jean-François Blanco, avocat engagé dans l’affaire Bétharram, d’abord investi par Europe Ecologie-Les Verts avant que le parti ne décide de rallier la bannière du candidat socialiste, représentera, lui, les couleurs de LFI. Pour lui, «Pau ne peut pas être le lot de consolation de François Bayrou après son échec à Matignon.»
Dans cette ville de 80 000 habitants, le Rassemblement national, qui avait réuni moins de 7 % des voix aux dernières élections municipales, veut tabler sur son score des législatives - 33 % dans la circonscription de Pau - avec Margaux Taillefer, candidate de 26 ans, auparavant passée par le parti d’Eric Zemmour.




