Les limites sont posées. Secoué par l’onde de choc de l’agression mortelle du militant d’extrême droite Quentin Deranque, le Parti socialiste a tracé une ligne rouge dans concernant un éventuel rapprochement avec la France insoumise au second tour des élections municipales, qui se déroulent les 15 et 22 mars. Le mort d’ordre est le suivant : pas d’accord national, et des alliances dans de «rares cas».
Interrogé par l’AFP, le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, s’est montré catégorique : «Comme au premier tour, il n’y aura pas d’accord national avec LFI.» Une mise au point qui intervient alors que trois proches du député insoumis Raphaël Arnault ont été interpellés dans le cadre de l’enquête sur la mort du jeune homme.
«Clarifier leur position»
Pour autant, la porte n’est pas totalement fermée. «Dans de rares cas», précise Pierre Jouvet, des candidats insoumis pourraient rejoindre des listes d’union de la gauche au second tour. À une condition : «Clarifier leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique et à cette forme d’hooliganisation de la vie publique.»
Réactions
Faute de quoi, prévient-il, «ils ne peuvent pas espérer d’accord avec nous». Une exigence qui a laissé la direction insoumise perplexe. Sur BFMTV, le coordinateur Manuel Bompard a botté en touche, assurant que son mouvement «a toujours dit qu’il était opposé à la violence». «Donc je n’ai pas très bien compris à quoi faisait référence» le PS, a-t-il ajouté.
Alors que la France insoumise refuse de couper les ponts avec Raphaël Arnault, le Parti socialiste est sommé depuis plusieurs jours de se positionner sur d’éventuelles alliances de second tour avec le parti de la gauche radicale. Certaines personnalités socialistes, dont l’ex-président François Hollande ou le député Jérôme Guedj, ont appelé à écarter tout arrangement avec LFI au second tour.
«La question est close»
En déplacement à Lille pour soutenir l’un de ses candidats, Arnaud Deslandes, le chef des socialistes Olivier Faure a jugé cette question «indécente». Ces accords «n’ont pas eu lieu au premier tour et ne sont même pas souhaités pour le second tour par les intéressés eux-mêmes, rappelle-t-il. Pour moi la question est close». Un cadre socialiste considère également que ces rapprochements de second tour n’auront pas lieu, car les Insoumis ne répondront pas «à la condition que nous fixons».
Pas suffisant pour convaincre le patron des LR et candidat à la présidentielle Bruno Retailleau qui a dénoncé «la tartufferie du Parti socialiste, prêt à tout pour récupérer quelques voix». Car dans certaines villes, les listes d’union de la gauche pourraient avoir bien besoin des voix de l’électorat insoumis pour l’emporter, comme à Toulouse, Marseille ou Amiens.
Pour aller plus loin
Les règles électorales prévoient qu’une liste peut se maintenir au second tour si elle obtient plus de 10 % des voix au premier, et fusionner avec une autre si elle dépasse 5 %. Selon un sondage Ifop diffusé jeudi, la gauche peut remporter les municipales à Toulouse si la liste PS-Écologistes fusionne au second tour avec celle de LFI, alors que le maire divers droite Jean-Luc Moudenc ne semble en mesure de conserver le Capitole qu’en cas de triangulaire.
Réflexion avant toute alliance
A Marseille, le maire de gauche Benoît Payan et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio sont donnés au coude-à-coude au premier tour, mais aussi au second tour, en cas de quadrangulaire avec la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal et le candidat insoumis Sébastien Delogu. Lors d’un débat jeudi soir, Benoît Payan a promis de se désister pour le candidat LFI si ce dernier arrivait en tête (ce qui est peu probable), pour inciter l’Insoumis à faire de même.
Le PS entend ainsi capter l’électorat insoumis et mettre la pression sur leurs candidats, pour les rendre responsables des échecs éventuels de la gauche dans certaines villes. Une manière aussi de montrer leurs bonnes dispositions à leurs autres partenaires de gauche, les Ecologistes et les communistes, qui eux ont déjà conclu dans certaines municipalités des accords avec la France insoumise.
Ainsi à Limoges, la gauche est divisée entre une liste PS-PCF-Place Publique et une liste LFI-Ecologiste, mais pourrait l’emporter en cas de rassemblement au second tour, face à la désunion à droite. Pour le candidat socialiste Thierry Miguel, l’agression mortelle de Quentin Deranque «est un problème politique profond, qui nous pousse moi et mon équipe à la réflexion» avant toute alliance.




