En résumé :
- Après avoir forcé sa nomination à Matignon, François Bayrou est contraint de quitter sa fonction ce lundi 8 septembre. Ceci sans avoir su forger de compromis sur la dette, son œuvre promise depuis trente ans, alimentant la crise politique qu’il était censé résoudre.
- Emmanuel Macron est déjà en quête de son successeur, sous la pression des oppositions. Ses proches n’excluent pas une prise de parole dans les prochains jours, peut-être dès mardi, évoquant un chef de l’Etat qui, cette fois, veut aller vite. Libé fait le point sur les positions des différents partis pour l’après.
- Le président de LR, Bruno Retailleau, a averti dimanche qu’il était «hors de question» que la droite accepte la nomination d’un Premier ministre socialiste à Matignon, posant ses conditions pour que LR se maintienne au gouvernement.
- Retrouvez les informations du dimanche 7 septembre ici.
La une de «Libération» mardi
Edito
Pour comprendre l’entourloupe politique d’un vote de confiance perdu d’avance, une question se pose : pourquoi le Premier ministre déchu répète-t-il depuis quarante ans être un adepte du compromis, alors qu’il n’en a cherché avec personne ?
Récit
Désavoué à l’Assemblée, le Premier ministre remet sa démission au Président ce mardi 9 septembre. Le chef de l’Etat doit une nouvelle fois trouver une formule pour résoudre une équation politique impossible.
Face à la chute du gouvernement Bayrou, Rome s'inquiète
Le chef de la diplomatie italienne a fait part de ses inquiétudes après la chute du gouvernement Bayrou.«J’espère que [le président français] sera en mesure de résoudre la crise parce qu’une situation d’instabilité en France risque de provoquer des dégâts sur notre économie, à un moment aussi où l’Europe doit se montrer unie pour arriver à la paix en Ukraine», a fait savoir Antonio Tajani sur la chaîne Rete 4. Et d’ajouter : «Si un grand pays [européen] est ébranlé, tous les autres certainement se trouvent en difficulté.»
Mélenchon appelle à une nouvelle présidentielle
Invité au 20 heures de France 2, le leader insoumis considère la chute du gouvernement Bayrou comme une «victoire populaire». A propos du futur gouvernement, il s’oppose à la nomination d’Olivier Faure : «Je ne le soutiendrai pas, et je pense que personne ne le fera», parce qu’il serait «obligé d’avoir des macronistes avec lui» pour gouverner. Jean-Luc Mélenchon considère désormais que «seule l’élection présidentielle» peut permettre au peuple de vivre un moment refondateur, et appelle à une VIe République permettant le référendum révocatoire pour pouvoir destituer les élus.
Bruno Retailleau estime qu'il faut un Premier ministre «le plus vite possible», mais ne se dit pas candidat à Matignon
Invité au 20 heures de France 2, le ministre de l’Intérieur sortant estime qu’il faut un Premier ministre «le plus vite possible», alors que l’Elysée a annoncé la nomination d’un nouveau Premier ministre dans «les tout prochains jours». Le président des LR est-il lui-même candidat à Matignon ? Bruno Retailleau répond par la négative, et indique ne pas être «sur les rangs». Quant à sa présence dans le prochain gouvernement, il dresse une liste de «conditions» : «Plus de sécurité, moins d’immigration, travailler plus pour gagner plus et pas d’assistanat.» Le patron des LR ajoute par ailleurs que son parti ne prendrait pas part à un gouvernement qui «aurait comme Premier ministre le Parti socialiste». Bruno Retailleau rejette ensuite l’option de la dissolution, notamment défendue par la gauche ou le RN, car il s’agirait selon lui de «la marche avant la destitution». «C’est ce qu’ils cherchent, les insoumis veulent créer en France un climat insurrectionnel.» La présidentielle anticipée, défendue par certains politiques de ses rangs, n’est pas non plus, selon lui, «une option sérieuse».
«Il n'y aura pas de stabilité sans justice sociale», assure la CGT
La France ne connaîtra pas de stabilité politique sans justice sociale, a déclaré lundi la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, appelant à l’abrogation de la réforme des retraites et à un autre projet de budget. «Le point commun entre Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou, c’est qu’ils sont tous tombés à cause de la violence sociale de leur politique», a-t-elle dit. Les organisations syndicales avaient prévenu il y a deux ans que le passage en force d’Emmanuel Macron sur la réforme des retraites allait se payer par une profonde crise démocratique. Et là, on y est. Et je ne m’en réjouis pays», a-t-elle poursuivi, accusant président de la république et le patronat de préférer «organiser le chaos institutionnel plutôt que de changer de politique».
Olivier Faure assure que le Président ne l’a pas encore contacté
Invité du 20 heures de TF1, le secrétaire général du Parti socialiste a appelé à défendre «la démocratie parlementaire», alors que François Bayrou s’apprête à déposer sa démission. Olivier Faure affirme également que le président de la République ne l’a pas encore appelé. A la question de sa légitimité pour gouverner le pays, le socialiste a répondu qu’il ne prétendait pas «être majoritaire». Selon lui, il est important que le chef de l’Etat nomme un Premier ministre issu des rangs de la gauche, car «la bonne cuisine, ce n’est pas de repasser les mêmes plats en changeant simplement la salade». Enfin, Olivier Faure a appelé le chef d’Etat à respecter le «véritable changement» auquel «aspirent les Français».
Attal appelle de ses vœux un «négociateur»
Gabriel Attal enjoint Emmanuel Macron à nommer un «négociateur», qui aurait «acté dès le départ qu’il ne sera pas Premier ministre». Sa fonction ? Etre «chargé de réunir les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale pour bâtir un accord d’intérêt général.» Dans une vidéo publiée sur X, l’ancien Premier ministre, qui avait déjà, lors de son discours à la tribune de l’Assemblée nationale cet après-midi, exhorté à un accord d’intérêt général pour les dix-huit prochains mois, répète qu’il s’agit «d’un changement de méthode». «Il faut donner de la stabilité et de la visibilité au pays.»
Emmanuel Macron nommera un nouveau Premier ministre «dans les tout prochains jours»
Emmanuel Macron «prend acte» de la chute du gouvernement de François Bayrou, renversé par l’Assemblée nationale, et «nommera un nouveau Premier ministre dans les tout prochains jours», a annoncé lundi soir l’Elysée dans un communiqué. «Le président de la République prend acte du résultat du vote des députés aux termes de l’article 49-1 de la Constitution. Il recevra demain le Premier ministre François Bayrou pour accepter la démission de son gouvernement», a affirmé la présidence, sans autre précision.
A Saint-Denis, la chute de Bayrou «ne change rien».
Devant la mairie de Saint-Denis, Martine et René sont chacun sur leur téléphone. L’un à branché LCI, l’autre BFM TV. L’objectif ? Savoir laquelle des deux chaînes sera la première à annoncer la chute du gouvernement de François Bayrou. Peu avant 19 heures, le couperet tombe, d’abord sur LCI. 364 députés ont voté contre la confiance au Premier ministre. «Ça y est ! Yessss !» lâche Martine dans un grand sourire. Parmi les quelque 300 personnes rassemblées ce lundi soir pour son «pot de départ», une poignée applaudissent. Mais il n’y a pas d’effusion de joie pour autant. La sexagénaire, militante revendiquée de La France insoumise, explique : «Le fait que le gouvernement soit tombé, ça ne change rien. Il faut un mouvement social d’ampleur pour que les choses bougent, et qu’on arrête de faire des cadeaux aux milliardaires dès qu’ils pleurent et de taper sur les pauvres en s’attaquant aux aides personnalisées au logement ou à l’aide médicale d’état. Même si les socialistes vont à Matignon, ça ne changera pas.»
Parmi les quelques centaines de personnes rassemblées pour fêter le départ de François Bayrou, les prises de parole se multiplient. «Voir Bayrou partir, c’est déjà une victoire, se rejouit au micro un jeune d’une vingtaine d’années, casquette vissée sur la tête et lunettes de soleil sur le nez. Mais il faut qu’ils dégagent tous. Que la bourgeoisie s’en aille pour nous laisser gouverner. Le 10, la clé, c’est de tout bloquer et que rien ne fonctionne. Il faut que ce soit à la hauteur, et même encore plus grand que les gilets jaunes et les manifestations contre la réforme des retraites.» Une enseignante de la ville s’inquiète, elle, du risque de voir l’extrême droite au pouvoir si le mouvement échoue : «Notre mobilisation, nos grèves, c’est déterminant. Si on ne se mobilise pas, ça peut nous coûter très cher.»
Boris Vallaud : «Le PS est prêt pour l'exercice des responsabilités»
«Nous proposons un autre chemin politique, qui n’est pas celui de la politique d’Emmanuel Macron qui nous a conduits dans cette impasse, affirme à l’issue du vote Boris Vallaud dans la salle des Quatre-Colonnes. Nous proposons aussi une autre méthode. De faire confiance confiance au Parlement dans sa capacité à construire des majorités texte par texte, sur la base de propositions qui seraient les nôtres si nous sommes appelés au gouvernement.» Le chef de file des députés socialistes l’affirme : «Nous sommes disponibles pour l’exercice des responsabilités. Parce que quand on renverse un gouvernement, quand on formule des propositions, bien évidemment nous sommes prêts à les mettre en œuvre et à en rendre compte devant les Françaises et les Français.»
Mélenchon s'insurge contre les «tambouilles»
Jean Luc Mélenchon, interrogé dans le Parisien sur son soutien, ou non, à un gouvernement mené par un Premier ministre de gauche, Mélenchon assure qu’il refusera cette «tambouille». «Quel culot ! ajoute-t-il à l’intention du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. Car un gouvernement dirigé par le PS est impossible sans alliance avec les macronistes et avec LR, avec qui ils feront leurs combines ! Olivier Faure trahit la parole donnée aux électeurs aux législatives, dont le point numéro 1 du programme commun du NFP était la rupture avec le macronisme.»
Bayrou fait moins bien que Barnier
Ce lundi soir, 364 députés ont voté «contre» la confiance au Premier ministre. Ce chiffre témoigne d’une défiance plus élevée que celle qu’avait manifestée l’Assemblée à l’encontre de son prédécesseur, Michel Barnier, censuré en décembre 2024 : à l’époque, ce sont 331 députés qui avaient soutenu la motion de censure déposée par les partis de gauche, soit 33 de moins qu’aujourd’hui.
Le gouvernement Bayrou est tombé
Clap de fin pour François Bayrou. Le Premier ministre n’a pas réussi à obtenir la confiance des députés. Sur 573 votants (et 558 suffrages exprimés), 364 députés ont voté contre, 194 pour. A présent, le chef du gouvernement sortant doit présenter sa démission au Président.
«Maintenant nous devons gouverner», tonne Marine Tondelier
«Plus personne n’a confiance en François Bayrou», a résumé la cheffe des Ecolos au micro de la RTBF cet après-midi. «Maintenant nous devons gouverner», assure-t-elle, ajoutant que «ce sont les Français qui ont décidé d’une cohabitation. Ce n’est pas une opinion, mais un dû démocratique.» Marine Tondelier, qui considère que «le pacte social est au bord de la rupture», prévient par la même Emmanuel Macron que s’il «nomme encore une fois quelqu’un de son camp, la rue peut vraiment exploser». Concernant une potentielle dissolution, «pas grand-monde n’y a intérêt», juge-t-elle, mais «s’il faut y aller, on y va». Sur X, la patronne des verts invite Emmanuel Macron à recevoir les partis de gauche avant toute prise de parole : «Son obstruction ne peut plus durer», cingle-t-elle.
Je ne sais pas quand le Président de la République a prévu de prendre la parole mais au nom des Écologistes, je lui demande solennellement de nous recevoir avant avant toute annonce de sa part.
— Marine Tondelier (@marinetondelier) September 8, 2025
Son obstruction ne peut plus durer.
Place au vote
Après ce défilé des présidents de groupe au pupitre – une procession qui aura duré plus de trois heures –, place au vote. Tous les députés doivent à présent décider s’ils accordent leur confiance au Premier ministre lors d’un scrutin public, qui se tient dans une pièce adjacente. Comme le stipule le règlement de l’Assemblée nationale, «tous les députés sont appelés nominalement par les huissiers. Sont appelés les premiers ceux dont le nom commence par une lettre préalablement tirée au sort. Il est procédé à l’émargement des noms des votants». Le scrutin sera clos à 18 h 50, a annoncé la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.
François Bayrou : merci pour ce moment
Après plus de deux heures de discours des différents présidents de groupe, Bayrou revient au pupitre. «Je ne répondrai pas aux polémiques et aux paroles insultantes», reprend le Premier ministre, avant de remercier les membres de son gouvernement pour «ces neuf mois, avec beaucoup de poids lourds, beaucoup de solidarité, beaucoup d’amitié», et «sans une seule crise, une seule tension». Et pour le Premier ministre, ce n’est pas un vote «qui efface la réalité». «Je suis heureux que nous ayons pu partager ce moment», conclut-il. Une phrase qui sonne comme un adieu.
Pour le non-inscrit Philippe Bonnecarrère, rien ne sert de croire en «l’homme providentiel»
Dernier intervenant à s’exprimer à la tribune avant le retour du Premier ministre, le député Philippe Bonnecarrère appelle à ce que les parlementaires soient à la mesure du moment : «La France n’attend pas un gouvernement parfait, elle attend des élus responsables», observe le député de la 1re circonscription du Tarn. «Dans la seconde qui suivra la proclamation des résultats, […] les problèmes du pays seront toujours là», assure le non-inscrit, qui dit ne pas croire «à l’homme ou la femme providentielle». «C’est à notre Assemblée d’être à la hauteur des circonstances, ou pas», clame le député, appelant à une certaine «justice sociale» que les Français «exigent».
Mathilde Panot : «Tous ceux qui tenteront de sauver le soldat macron tomberont avec lui»
Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée, succède à Gabriel Attal. C’est avec une sortie sans détour qu’elle se lance : «Comment pourrions-nous vous faire confiance alors que vous faites confiance à Emmanuel Macron ?» Elle dénonce les «mensonges» du Premier ministre sur le scandale Bétharram, sa politique favorisant les plus riches aux dépens de «ceux qui n’ont déjà rien»… «Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas seulement vous mais votre politique et le monde qu’elle défend qui doivent être défaits», tonne l’insoumise, avant d’ajouter : «Monsieur le Premier ministre, vous ne laisserez derrière vous que le risque d’une crise financière à force d’en agiter le spectre.» Du macronisme à l’extrême droite, Mathilde Panot tacle des formations s’accordant autour de la «destruction des politiques sociales» ou encore du désintérêt pour les questions environnementales, sans entendre les mobilisations populaires. Et alerte «solennellement» : «Tous ceux qui tenteront de sauver le soldat macron tomberont avec lui.» Elle conclut avec quelques mots, adressés à François Bayrou : «Partez aujourd’hui. […] Le peuple s’impatiente, il a tout un monde à inventer.»



