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Interview

Florence Portelli, vice-présidente de LR : «Je suis effarée par ce qu’on appelle “l’union des droites”»

Après l’appel de Nicolas Sarkozy au «rassemblement le plus large possible» à droite, la vice-présidente de la région Ile-de-France met en garde face à la tentation d’une alliance avec le Rassemblement national.

Florence Portelli, le 10 octobre 2023 à Paris. (Magali Cohen/Hans Lucas. AFP)
Publié le 16/12/2025 à 6h19

Nicolas Sarkozy fait frémir Les Républicains (LR). Narrant un coup de fil avec Marine Le Pen, l’ex-chef de l’Etat assume ne plus vouloir participer à un «front républicain» contre le Rassemblement national, et envisage un «rassemblement le plus large possible» pour la droite. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ne sont pas du même avis. Le président LR de la région Hauts-de-France, aurait préféré entendre : «Pas une voix pour le Rassemblement national». Son homologue à la région Ile-de-France signe elle une tribune intitulée «La droite n’est pas à vendre», dans la Tribune dimanche. Florence Portelli, vice-présidente LR de la région Ile-de-France, rejette elle aussi toute idée d’alliance avec l’extrême droite.

Valérie Pécresse estime que, pour votre parti, «s’allier au RN, c’est s’effacer». Etes-vous d’accord avec elle ?

Ça fait un certain temps que je le dis, parce que je suis effarée déjà par ce qu’on appelle l’«union des droites». L’union des droites, ce serait la compromission de la droite républicaine avec l’extrême droite. Donc non seulement on n’est pas à vendre, mais on doit être fiers de ce que l’on est.

Quelle a été votre réaction à l’appel de Nicolas Sarkozy pour un «rassemblement le plus large possible», qui semblait ouvrir la porte au RN ?

Je n’ai pas été surprise parce que depuis quelques années, il glisse sur une mauvaise pente. Il a commencé par enfoncer un premier clou dans le cercueil en demandant à son camp d’être plutôt pro-Macron. J’avoue que ça a suscité chez moi une énorme déception. Maintenant, il vire chez Jordan Bardella. Je trouve cela lamentable.

Qu’est-ce qui vous différencie aujourd’hui du RN ?

Sur la culture, on n’a rien de commun avec eux. Ce sont des gens qui sont contre tout ce qui est créatif, contre l’art contemporain, contre une bonne partie de ce que fait le cinéma. Ils n’ont aucune vision pour l’école, alors que le système éducatif est en grande difficulté. Ils ont des positions simplistes et parfois même racistes sur le logement. Notre histoire aussi. C’est un mouvement qui a voulu assassiner le général de Gaulle. Or nous sommes un mouvement issu de De Gaulle. Et évidemment, économiquement, parce qu’ils disent tout et leur contraire.

Sentez-vous que certains cadres de LR se dirigent vers un appel à l’union avec le Rassemblement national ?

On pourrait sentir un frémissement vers ça, une banalisation parfois même de l’appellation de l’«union des droites». C’est dangereux. Evidemment, idéologiquement, sur le plan des valeurs et des idées, mais c’est aussi stupide tactiquement, parce qu’en général, quand la souris rencontre l’éléphant, l’éléphant piétine la souris.

Donc vous êtes la souris, et le RN, l’éléphant ?

Absolument. Quand vous avez Bardella qui caracole à 35-36 % dans les sondages et que nous, on est entre 8 et 10 %, on ne peut pas dire que ce soit facile. Si on fait un mariage avec le RN, je pense que c’est notre disparition qui est sûre.

Et est-ce que Bruno Retailleau a toujours la légitimité d’être votre président alors qu’il appelle à la même union qu’Eric Ciotti lorsqu’il s’est fait virer ?

Il dit souhaiter que «l’union des droites se fasse […] dans les urnes».

Je n’ai rien contre les électeurs de droite comme de gauche qui ont des opinions différentes des miennes, et je préférerais qu’ils soient séduits par les miennes plutôt que par celles de certains politiques extrémistes. Donc je n’y vois pas une union avec un parti politique d’extrême droite. Tant qu’il ne dit pas ça, pour moi, il a toute légitimité.

Envisageriez-vous de quitter Les Républicains s’il y avait officiellement une alliance avec le RN ?

Je ne crois pas que Les Républicains feront cette alliance. Cette perspective n’est pas envisageable. Donc pour le moment, je me sens totalement tranquille. Et je suis très bien chez Les Républicains.

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