L’annonce de la reprise très partielle de Novasco lundi 17 novembre ne sera pas le dernier chapitre de ce feuilleton industriel. La députée mélenchoniste Aurélie Trouvé a annoncé ce mardi que le groupe de La France insoumise à l’Assemblée allait ouvrir, à une date encore inconnue, une commission d’enquête «sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs». Ils souhaitent pour cela profiter de leur «droit de tirage» – la possibilité pour les groupes parlementaires de créer une commission d’enquête par session ordinaire de l’Assemblée.
Derrière ce nom alambiqué, les insoumis entendent cibler les «hedge funds», ou fonds d’investissement, rachetant des entreprises pour un coût social parfois élevé. Leurs détracteurs les accusent de privilégier le profit et les logiques financières au prix de fermetures d’usines et de pertes voire d’exportations des savoir-faire et des outils de production.
Récit
Devant la presse, Aurélie Trouvé a pris pour exemple l’aciériste Novasco (ex-Ascometal) dont le tribunal de Strasbourg a décidé lundi la «cession partielle» à un consortium d’investisseurs, au prix de la fermeture de trois des quatre sites de l’entreprise. «Hier, il y a eu le démantèlement d’une grande entreprise de la sidérurgie, Novasco, 550 salariés sur le carreau», a souligné la députée de Seine-Saint-Denis.
Le gouvernement a annoncé lundi qu’il allait poursuivre en justice le Britannique Greybull, un repreneur «voyou» tenu pour responsable de la situation critique de Novasco. Le fonds d’investissement qui avait repris le métallurgiste en 2024 est accusé de ne pas avoir tenu ses engagements. Mais pas quoi satisfaire les insoumis, pour qui le cas du métallurgiste français est loin d’être isolé.
«Une pléthore d’exemples»
L’enquête, dont les travaux remonteront jusqu’à 2017, «vise l’ampleur que [le phénomène] a pris depuis qu’[Emmanuel] Macron dirige le pays», a ainsi affirmé Aurélie Trouvé, estimant que «la France est une des premières cibles mondiales de ces fonds spéculatifs». Et l’ancienne présidente des affaires économiques de l’Assemblée de lister une succession de «hedge funds» agissant en France, à l’instar de l’Allemand Mutares, spécialiste de «la reprise, souvent pour 1 euro symbolique, d’entreprises en difficulté, en promettant de les redresser».
Dans leur proposition de résolution expliquant les raisons qui motivent l’ouverture de cette commission d’enquête, les députés insoumis affirment que Mutares «a conduit de nombreuses entreprises à la ruine, non sans avoir accaparé leur trésorerie par le biais de frais de gestion qui lui sont facturés». Et «on dénombre une pléthore d’exemples similaires», souligne LFI.
Compte tenu de la masse d’exemples listés par les mélenchonistes depuis la première élection d’Emmanuel Macron, ceux-ci expliquent que leur commission d’enquête ne s’arrêtera pas à une simple évaluation de l’ampleur et des conséquences de cette «prédation». Elle interrogera aussi «la responsabilité de l’Etat et des acteurs publics et privés depuis 2017» ; et sera par ailleurs chargée «d’évaluer les menaces à court, moyen et long terme qui résultent de l’activité des fonds spéculatifs». Le tout devrait déboucher sur plusieurs propositions à porter dans l’hémicycle.




