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«Ils font tout pour m’isoler de mon pays» : le leader indépendantiste de Nouvelle-Calédonie Christian Tein accuse le gouvernement de retarder délibérément l’émission de son passeport

Autorisé par la justice en octobre à retourner en Nouvelle-Calédonie, le président du FLNKS, mis en examen notamment pour vols en bande organisée avec arme et association de malfaiteurs, reste bloqué en métropole, faute de papiers.

Christian Tein lors d'une conférence de presse à Montpellier, le 18 juin. (Gabriel Bouys/AFP)
Publié le 22/11/2025 à 15h55

Plus d’un mois après avoir été autorisé à retourner en Nouvelle-Calédonie, le leader indépendantiste kanak Christian Tein attend toujours. Dans une interview publiée par le Guardian ce samedi 22 novembre, il accuse la France de retarder délibérément une nouvelle émission de son passeport, afin de repousser son retour chez lui.

Placé en détention en juin 2024, Christian Tein, 57 ans, avait pu sortir de prison un an plus tard. Fin septembre, les juges d’instruction avaient assoupli son contrôle judiciaire, l’autorisant à rentrer dans l’archipel, mais le parquet avait fait appel. En octobre, il a finalement bien été autorisé à retourner en Nouvelle-Calédonie.

Mais, bien qu’il ait demandé un nouveau passeport, Christian Tein ne l’a toujours pas reçu et reste donc bloqué en France. «Cela fait un moment que j’ai soumis ma demande de passeport», explique-t-il au Guardian. «Mais on peut voir que [le gouvernement français] fait délibérément traîner les choses.»

Injustice

En mai 2024, la situation dans l’archipel avait explosé lors de l’examen à l’Assemblée d’une réforme électorale accusée de marginaliser la population autochtone kanake. Suspecté d’avoir encouragé les violences durant les émeutes qui ont suivi, Christian Tein avait été arrêté en juin 2024. Après son interpellation, il avait été transféré immédiatement dans l’Hexagone avec six autres militants.

Celui qui est aujourd’hui président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) reste mis en examen pour vols en bande organisée avec arme, destructions en bande organisée, et association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes et délits. Des accusations qu’il a toujours niées, assurant qu’il n’avait jamais appelé à commettre des violences.

«Nous avons oublié les valeurs des droits humains. La valeur que, quand on inculpe quelqu’un, cela est basé sur des preuves, des preuves qui sont bien fondées. Mais ils ont tout fait pour m’isoler de mon pays», déplore Christian Tein auprès du Guardian. Avant d’ajouter : «J’espère que [le système judiciaire français] trouvera des façons et des moyens de nous blanchir de cette injustice dont on a souffert.»

«L’indépendance, notre seule ambition»

Christian Tein dénonce également ses conditions de détention en France. «Une année à l’isolement, c’était très, très dur», souligne-t-il. «Psychologiquement, on ne sort jamais indemne d’une telle situation», confie-t-il encore au journal britannique.

Selon sa défense, Christian Tein, qui avait été placé par l’Union calédonienne (composante du FLNKS) à la tête de la CCAT pour organiser la mobilisation de mai 2024, a œuvré pour faire cesser des violences qui n’auraient «aucun sens politique» dans la perspective d’une indépendance.

A l’époque, quatorze personnes, dont deux gendarmes, ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors des émeutes. Les dégâts matériels ont été estimés à au moins 2,2 milliards d’euros.

Interrogé par le Guardian sur ses projets, le leader du FLNKS assure ne rien lâcher : «J’ai 57 ans et je ne pense pas que j’ai le droit de laisser ce problème aux futures générations. [L’indépendance] est notre seule ambition.»

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