Le papier était prêt depuis le printemps. Il devait révéler, dans les colonnes de Nice-Matin, la nouvelle casquette de Christian Estrosi qui, en plus d’être maire (Horizons) de Nice, est censeur au conseil de surveillance d’une boîte d’aéronautique, rémunéré 47 000 euros par an. Mais, selon un communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ), l’article est resté au marbre. Une expression journalistique pour dire que le sujet était «dans la file d’attente». Et voilà que la rédaction niçoise s’est fait «piquer l’exclusivité d’un sujet» mercredi alors que la «parution [était] prête depuis des mois». Trop longue attente. C’est le Canard enchaîné qui a finalement sorti l’info.
«Je ne sais pas si c’est une censure ou une autocensure, développe le délégué syndical du SNJ de Nice-Matin, Rodolphe Peté. En tout cas, il n’y a pas eu la volonté de sortir l’information.» Ce dernier avait interpellé la direction de la rédaction à plusieurs reprises pour rappeler qu’un sujet était «sur le feu» : «On nous a répondu qu’il manquait des éléments, rapporte-t-il. On veut simplement donner une information. C’est absolument anormal que notre travail soit bloqué.» Contacté par Libé, le directeur de la publication, Denis Carreaux, «étant sur le départ», ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet.
«On se fait griller pour la deuxième fois en quatre ans»
Un «gâchis», selon le SNJ, qui intervient en pleine campagne des municipales. «A Nice, ça va être très tendu. Il y a un combat politique acharné entre deux anciens amis [Estrosi et Ciotti, ndlr], remet Rodolphe Peté. On sait qu’il y a une pression des politiques sur des rédactions. Les cabinets notamment essaient de noyer les rédactions sous des éléments de langage et parfois même vont jusqu’à choisir leur interlocuteur. Ça crée une difficulté supplémentaire mais, là-dessus, il ne faut pas lâcher.» Selon le SNJ, le rédacteur de Nice-Matin à l’origine de l’article «avait été ciblé sur les réseaux sociaux par ce même Christian Estrosi, après son article sur le tramway» en 2024.
Et ce n’est pas la première fois que la direction de Nice-Matin joue la montre sur un article. En 2021, le Canard enchaîné (déjà) avait sorti une demi-page sur une alliance entre Ciotti et le RN, alors qu’une «enquête […] était prête» : «On se fait griller pour la deuxième fois en quatre ans», déplore le syndicaliste. L’article du rédacteur niçois sur les activités professionnelles de Christian Estrosi est finalement paru mercredi. Une mention a été ajoutée : «Il y a plusieurs mois que Nice-Matin cherche aussi à vérifier ces doutes. En vain jusqu’alors.»




