Une messe «en hommage au maréchal Pétain et à ses soldats» a eu lieu ce samedi 15 novembre à Verdun dans une église fermée et strictement réservée aux membres de l’association organisatrice, a indiqué le préfet de la Meuse, Xavier Delarue, tandis qu’une centaine de manifestants protestaient devant le bâtiment religieux.
Le préfet a également annoncé qu’il allait porter plainte contre des propos «clairement révisionnistes» tenus en marge de l’hommage. Selon le ministre de l’Intérieur, le préfet de la Meuse va saisir le procureur au titre de l’article 40 du code pénal. Laurent Nuñez a dénoncé sur X des «propos [...] contraires à notre mémoire collective». «Je condamne fermement toute tentative de réhabilitation d’une figure liée à la collaboration et à l’oppression», a-t-il ajouté dans son communiqué.
A la sortie de l’office religieux, un membre de l’Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain (ADMP) a déclaré devant des journalistes que le chef du régime de Vichy, condamné à mort en 1945, avait été «le premier résistant de France».
«Un tout petit nombre» de personnes, «une vingtaine au maximum», a assisté à cet office en l’église Saint-Jean-Baptiste, avait précisé dans la matinée le préfet Xavier Delarue. Le maire de la ville, Samuel Hazard, avait pris un arrêté interdisant cette messe, une «manifestation politique visant à réhabiliter une figure condamnée de l’histoire». Il a été retoqué vendredi par le tribunal administratif de Nancy.
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Dans la matinée, le préfet avait précisé s’être entretenu avant la cérémonie avec le prêtre célébrant la messe, afin de s’assurer que les règles découlant de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat seraient respectées, à savoir qu’aucune prise de parole ou de distribution de tracts de nature politique n’aurait lieu.
A l’extérieur, un photographe de l’AFP a dénombré une vingtaine de policiers et gendarmes, tandis qu’une centaine de manifestants protestaient dans le calme, entonnant la Marseillaise. Plusieurs élus étaient présents avec leur écharpe tricolore.
«Catho pas facho»
«Je suis profondément heurté, parce que je pense à toutes les victimes de la barbarie nazie et de la révolution nationale, l’idéologie du maréchal Pétain», a déclaré à la presse Samuel Hazard. «Ce n’est pas possible qu’on dérive comme cela», a déclaré une paroissienne, Mariette Descamps, portant une pancarte où l’on pouvait lire «Catho pas facho». «Je suis désolée de ce qui se passe aujourd’hui», a-t-elle dit.
L’office à l’origine de la polémique est organisé par l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP). Cette association avait été autorisée par l’archevêque-évêque de Metz, administrateur apostolique de Verdun, à célébrer la messe pour le repos de l’âme du maréchal Pétain et des victimes de toutes les guerres.
L’hommage de samedi est une «injure à la mémoire» des déportés, a jugé sur X le président du Crif, Yonathan Arfi, fustigeant une «apologie de la collaboration».
«Le 15 août 1945, Philippe Pétain était jugé coupable d’intelligence avec l’ennemi, de haute trahison et frappé d’indignité nationale : lui rendre aujourd’hui hommage dans une messe, c’est trahir la République», a écrit le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.
«Cet hommage indécent au responsable de lois antisémites criminelles est une injure à la mémoire des 76 000 déportés juifs de France, que les collaborateurs zélés du régime de Vichy ont livrés aux nazis», a-t-il jugé. «Célébrer une messe pour Pétain, c’est […] réhabiliter un traître à la patrie», a poursuivi Yonathan Arfi.
Philippe Pétain, héros de la Première Guerre mondiale puis chef du régime de Vichy qui collabora avec l’Allemagne nazie, a été frappé d’indignité nationale en 1945.
Mise à jour à 8 h 25 avec la réaction du président du Crif.




