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A demi-mot

La France insoumise critiquée par ses détracteurs pour son soutien aux manifestants en Iran

Les élus insoumis saluent, depuis jeudi 1er janvier, un peuple iranien qui se «mobilise contre la vie chère et pour ses droits». Ses adversaires dénoncent «l’hypocrisie» des mélenchonistes.

Des manifestants défilent dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 29 décembre 2025. (Fars News Agency/AP)
Publié le 02/01/2026 à 18h04

Les responsables insoumis se sont manifestement coordonnés. Leurs détracteurs habituels aussi. Depuis jeudi 1er janvier, les principaux dirigeants de La France insoumise font état sur leurs réseaux sociaux de leur soutien aux manifestations en Iran. Il y a ceux qui ont opté pour une certaine sobriété. «Vive le courage du peuple iranien qui se mobilise contre la vie chère et pour ses droits», a par exemple écrit le coordinateur national du mouvement, Manuel Bompard, sur X. «Courage», «vie chère», «droits»… Les mêmes éléments de langage se retrouvent dans les réactions de la plupart de ses collègues députés. «Immense soutien au peuple iranien qui se mobilise depuis des jours contre la vie chère et pour ses droits. Votre courage force le respect», loue par exemple le député de Seine-Saint-Denis, Thomas Portes. «Les Iraniens manifestent par milliers contre la vie chère, pour leur dignité et leurs droits. Ils bravent une répression sanglante. Nos pensées solidaires les accompagnent, embraye son voisin de circonscription, Bastien Lachaud. Aucune aspiration à la justice ne nous est indifférente. Aucune lutte populaire ne nous est étrangère. Nulle part. Jamais. C’est aux peuples et à eux seuls qu’il appartient de décider de leur destin.»

Même chose chez leur cheffe de file au Parlement européen, Manon Aubry : «Soutien et solidarité au peuple iranien qui brave la répression et se mobilise pour reprendre le contrôle sur leur vie. Puissent les mobilisations venir à bout du régime théocratique et les Iraniens reprendre un pouvoir qui leur a été trop longtemps confisqué.» Ou encore chez le député de Haute-Garonne Hadrien Clouet : dans un long message publié sur X, il estime que ces mobilisations illustrent carrément «la théorie de l’ère du peuple développée par Jean-Luc Mélenchon» : «le Bazar, ancien pilier du régime théocapitaliste à l’initiative du soulèvement contre la vie chère et le pouvoir, est aussi le centre de convergence du réseau collectif urbain qui produit et reproduit le peuple […] Force au soulèvement et aux camarades de gauche qui luttent contre les officines impérialistes soucieuses de dessiner l’Iran futur à la place de tous les peuples d’Iran. Je souhaite aux camarades que 2026 rompe avec le spectre de 1953 et 1979.»

Seul prisme économique et social

Jean-Luc Mélenchon avait lui-même donné le ton à ses troupes pour critiquer le pouvoir iranien… tout en mettant en garde Israël. «Les manifestations populaires en Iran témoignent de l’impasse d’un pouvoir religieux à gérer une société développée sans la bâillonner, écrit-il sur ses réseaux X et Telegram. Un peuple comme le nôtre regarde toujours avec sympathie l’insoumission populaire qui affirme le droit à une vie digne. Par contre, en manifestant son soutien, le Mossad cherche à exaspérer les tensions entre Iraniens. Dans quel autre pays, sinon sous ce gouvernement Netanyahu d’extrême droite, un service d’espionnage exprime-t-il un point de vue public sur les événements dans un autre pays ?» Résultat, le procès en antisémitisme du leader de La France insoumise a repris de plus belle, notamment à l’extrême droite. «Passionnément antisémite en 2025. Passionnément antisémite en 2026», a attaqué le député du Rassemblement national Julien Odoul.

Mais d’autres responsables politiques ou du monde de la culture ont reproché ce feu nourri des insoumis en soutien des manifestants iraniens sous le – quasi – seul prisme économique et social. Opposante affirmée aux insoumis, la sénatrice socialiste du Val-de-Marne Laurence Rossignol critique l’absence de référence à la «dictature islamiste» dans les réactions insoumises. «Cette réduction des causes de la révolte est un crachat sur les tombes des centaines de jeunes filles et garçons, de militants, pendus, violés, disparus dans les prisons de la dictature islamiste et des mollahs», fustige celle qui a longtemps fait cause commune avec Jean-Luc Mélenchon au PS. D’autant que ces réactions suivent de peu un rapport rendu par l’ONG Iran Human Rights décomptant les exécutions de condamnés en 2025 dans le pays. Au moins 1 500 personnes ont péri.

«Tous unis contre la vie chère»

L’ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, surenchérit : «Le magnifique peuple iranien se dresse, sans arme, seul, contre une dictature obscurantiste qui l’asservit depuis près de cinquante ans, […] c’est les insulter que de prétendre qu’ils se battent pour un indice des prix.» «Tous unis contre la vie chère», s’est moquée la chroniqueuse sur France Inter, Sophia Aram, comparant le mot d’ordre des insoumis au slogan publicitaire d’Intermarché.

En réaction, plusieurs députés de LFI ont contre-attaqué. François Piquemal, autre député de Haute-Garonne et candidat à la mairie de Toulouse, a rappelé qu’en 2022, il avait proposé de nommer une rue en l’honneur de Mahsa Amini, dont la mort a déclenché de grandes vagues de manifestations féministes et anti-régime. Pour justifier la position insoumise mettant en cause «la vie chère», Hadrien Clouet met en avant un message posté par Golshifteh Farahani, actrice et chanteuse franco-iranienne, dénonçant elle aussi «l’injustice, la corruption et l’économie qui broie» le peuple iranien.

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