Emmanuel Grégoire, le candidat du Parti socialiste aux municipales à Paris a révélé ce lundi 24 novembre avoir été victime de violences sexuelles durant son enfance. Il n’en avait jamais parlé jusque-là. «Je suis quelqu’un qui porte une plaie intérieure depuis très longtemps, une plaie silencieuse comme sans doute des millions de Français. Et j’ai décidé de lever ce silence», a-t-il affirmé.
«Cette histoire, c’est celle d’un enfant qui, en CM1, a subi des violences sexuelles pendant plusieurs mois dans le cadre d’activités périscolaires, dans une piscine municipale», a précisé l’élu parisien. «Cette douleur et cette souffrance, je l’ai tue pendant des dizaines d’années», a-t-il ajouté. «Je n’ai pas même eu la force d’en parler à ma famille. Lorsque l’on est enfant, on ne sait pas poser les mots sur les choses. On a honte tout simplement de dire la vérité telle qu’on la ressent», a souligné l’homme politique.
Enquête
Emmanuel Grégoire, en campagne pour les municipales de mars, a dit avoir décidé de prendre la parole ce lundi après avoir observé des «faits insoutenables dans des écoles à Paris et ailleurs, qui m’ont envoyé à ma propre histoire». L’ancien premier adjoint à Anne Hidalgo espère ainsi «contribuer à libérer la parole d’un certain nombre d’enfants […] pour faire en sorte que ça n’arrive plus».
Ces dernières semaines, plusieurs cas de suspicions d’agressions sexuelles ont été remontés dans les établissements scolaires parisiens. Outre le corps enseignant parfois mis en cause, plusieurs animateurs du temps périscolaire ont également été visés par des procédures. Au total, depuis le début de l’année 2025, 30 animateurs périscolaires de la ville de Paris ont été suspendus, dont 16 pour des suspicions de faits à caractère sexuels, selon la mairie. Mais en dépit de l’écho médiatique important – et justifié – de ces affaires, ce chiffre est quasi inchangé par rapport aux deux années précédentes : en 2024, sur 26 suspensions, 18 agents ont été visés pour des faits à caractère sexuel ; en 2023, ils étaient 18 sur 32 suspensions.
«Combat sociétal et judiciaire»
Le député parisien a déclaré qu’il ne pensait pas porter plainte, car les faits remontent «à un peu moins de 40 ans et sont désormais prescrits. Mais il a «décidé d’en faire un moment central de mon engagement», a-t-il annoncé. «Nous devons engager un combat sociétal et judiciaire total contre la pédocriminalité et contre le sentiment d’impunité qui peut habiter un certain nombre de ces prédateurs», estime celui qui affrontera Rachida Dati en mars prochain. Ce dernier ajoutant : «L’enjeu essentiel est évidemment de prévenir ce type de situation par l’accompagnement des enfants, par la formation des adultes, par la levée du sentiment d’impunité qui peut parfois s’y installer».
C’est pourquoi Emmanuel Grégoire entend soutenir une forme de tolérance zéro. Il s’est notamment montré favorable à l’hypothèse de suspendre tout animateur qui serait suspecté d’avoir commis des violences sexuelles sur des enfants, même s’il a affirmé ne pas vouloir cibler un métier en particulier. «Je crois d’ailleurs qu’il faudra réfléchir à muscler un peu le cadre législatif parce qu’il y a encore des trous dans la raquette», a-t-il développé.
«Mais si tout le monde prend ce sujet à bras-le-corps, nous progresserons pour faire de nos villes et de Paris en particulier, des lieux qui aiment et qui protègent nos enfants», a conclu l’élu de gauche.
Interview
Cette prise de parole a rapidement suscité des réactions, notamment de la part d’autres candidats aux municipales à Paris. A l’instar de l’écologiste David Belliard : «Briser la loi du silence est le premier acte pour mieux protéger nos enfants. Le silence tue, la parole libère», a souligné l’adjoint à la maire de Paris, engagé de longue date pour la défense des enfants. Le candidat d’Horizons, soutenu par Renaissance, Pierre-Yves Bournazel a lui aussi salué le témoignage d’Emmanuel Grégoire. «La libération de la parole est indispensable pour protéger, prévenir et agir. Je pense à toutes les victimes de ces actes ignobles et à leur famille. La protection de tous les enfants est une priorité absolue», a écrit l’ancien député macroniste.
Pour lutter contre le fléau de la pédocriminalité, la ville, responsable des centres de loisirs des écoles, a annoncé vendredi un plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants dans les écoles, avec la création d’un poste inédit de Défenseur des enfants et un renforcement de la formation des animateurs.
Mis à jour à 10 h 40 avec la réaction de Pierre-Yves Bournazel.




