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Instrumentalisation

Le gouvernement, la droite et l’extrême droite s’excitent sur la piñata d’une voiture de police en carton lors d’une fête étudiante

Le ministre de l’Intérieur a dénoncé une «idéologie anti-flics» après le démolissage d’un véhicule de police en carton, jeudi 30 janvier, à la Haute Ecole des Arts du Rhin de Mulhouse. Une enquête a été ouverte pour «outrage» aux forces de l’ordre.

Capture d'ecran du compte Facebook de Michèle Lutz.
Publié le 30/01/2026 à 22h23

Attention, attention, une voiture de police en carton : pas touche, au risque de courroucer le ministre de l’Intérieur et les élus de droite locaux. Les faits, signalés à la justice par le préfet du Haut-Rhin, ont eu lieu jeudi soir à la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) de Mulhouse, lors d’une «fête étudiante» qui rassemblait «une quarantaine de personnes», selon le procureur de Mulhouse, Nicolas Heitz. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, deux personnes aux yeux bandés démolissent une piñata en carton représentant une voiture de police en la frappant avec des bâtons, sous les vivats du public.

Une «performance artistique avec un propos politique» visant à dénoncer «les violences et les dérapages des forces de l’ordre, mais à l’international», sans viser spécifiquement la police française, selon une participante qui a requis l’anonymat. Une façon également de «s’interroger sur les formes de carnavals», la piñata étant très populaire lors de telles fêtes notamment dans les pays d’Amérique latine. Un autre témoin a également raconté à l’AFP qu’«il n’y a jamais eu le moindre propos déshonorant vis-à-vis de la police».

«Un travail pédagogique sur le carnaval»

Des coups de bâton qui ne passent pas pour Laurent Nuñez et plusieurs personnalités de droite et d’extrême droite. «Il ne faut pas laisser passer cette idéologie anti-flics», a ainsi jugé le ministre de l’Intérieur, quand son prédécesseur place Beauvau, le président Les Républicains Bruno Retailleau dénonce «l’idéologie d’extrême gauche qui gangrène une partie de nos institutions».

La maire (ex-LR) de Mulhouse Michèle Lutz y est allée de son petit mot sur Facebook et a convoqué le directeur de l’école «pour lui signifier la totale désapprobation sur ces faits graves». Quant à la candidate du Rassemblement national à la mairie, Christelle Ritz, elle a fustigé sans surprise un «énième appel à la haine […] contre les policiers». Une enquête judiciaire pour «outrage» aux forces de l’ordre et au drapeau tricolore a été ouverte.

Le directeur de la HEAR, Stéphane Sauzedde, a indiqué vendredi soir dans un communiqué regretter «que cette proposition» de trois étudiants, dans le cadre de la «restitution publique d’un atelier mené par des étudiants avec une artiste, consacré aux fêtes populaires», «ait pu être comprise comme dégradante ou insultante».

Après avoir dit «l’importance du respect dû à toutes les institutions publiques», il a rappelé que cette «représentation symbolique et non réaliste, en carton, d’un véhicule de police, conçue sous la forme d’une piñata, est une performance artistique qui s’inscrit dans le cadre d’un travail pédagogique sur le carnaval». Et donc, qu’à «ce titre, elle relève pleinement des champs de la création, de l’expérimentation et du débat esthétique, qui traversent l’histoire de l’art».

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