On n’est jamais mieux servi que par soi-même, surtout quand les occasions de le faire sont rares. L’Association des élus de France (AEF), qui rassemble des parlementaires et conseillers régionaux, départementaux ou municipaux, ne publie sa revue la Promesse républicaine que deux fois par an. Alors autant profiter de ces parutions pour s’y tailler une place de choix, surtout à quelques mois des élections municipales. C’est ce que fait le patron de l’AEF, Driss Ettazaoui, qui, en plus de son «mot du président», bénéficie, dans le cinquième numéro paru en octobre dernier, de pas moins de treize pages d’interview, accompagnées d’une ribambelle de photos et d’un portrait introductif.
Cette même présentation du conseiller municipal d’Evreux (Eure) et vice-président de l’agglomération d’Evreux Portes de Normandie, jure pourtant qu’en dehors de son «mot du président» – «toujours sobre», précise le magazine – «Driss Ettazaoui a toujours refusé de se mettre en avant»… Un excès d’humilité bien rattrapé dans les pages suivantes. Le président du Modem de l’Eure, présenté par le rédacteur en chef de la revue de l’AEF comme un homme à «l’ascension régulière, nourrie par une solide formation et des convictions républicaines affirmées», déroule en effet, dans l’interview qui suit, son parcours, son action, ses mandats, ses ambitions ou ses «sorties au hammam».
Le poids des mots, le choc des photos
Et à la parole s’ajoute l’image. Car si le récit de ses «journées types» ou de ses «valeurs humanistes» prend une bonne partie des nombreuses pages qui lui sont consacrées, la trombine du patron de l’AEF est aussi placardée partout et prend des allures de série de livres pour enfants. Après Martine à la mer et Martine fait la cuisine, c’est Ettazaoui en soirée «corporate» avec les élus de l’AEF ou Ettazaoui à la télé. Au total, le portrait du président de l’association apparaît pas moins de quinze fois dans les colonnes qui lui sont réservées. Le conseiller municipal eurois côtoie du beau monde et il le montre : tantôt apparaît-il aux côtés des footballeurs Ousmane Dembélé et Dayot Upamecano, tantôt s’affiche-t-il avec le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (Modem).
Reportage
Mais l’hyperactif vice-président de la communauté d’agglo tient à clarifier : «Les gens me demandent souvent comment je suis sur le plateau de BFMTV à Paris le matin, pour atterrir au marché de la Madeleine à Evreux le midi, et me rendre à des évènements associatifs l’après-midi… Je n’ai pas le don d’ubiquité, seulement celui d’aimer les gens», lâche Ettazaoui, qui souligne d’ailleurs que «[son] numéro n’a pas changé et [ses] habitudes non plus», malgré toutes ces responsabilités. Un homme simple.
«La réalité est à mes trousses»
Visiblement très rodé à la politique locale et engagé sur tous les sujets, «à terme, on ne peut s’empêcher de penser que vous devriez nourrir l’ambition d’un mandat national […] ? Sénateur, député ou ministre ? Comment vous préparez-vous ?» demande logiquement l’intervieweur. Mais Ettazaoui botte en touche. «Lorsque, comme moi, la liberté de penser et d’agir est plus forte que l’ambition au point de ne jamais sacrifier ses convictions sur l’autel de la compromission, eh bien le plafond de verre est immédiat», déclare-t-il en toute modestie.
Après onze pages d’interview «sans concessions», l’entretien se ferme sur cette question : «Qu’est-ce qui vous fait rêver ?» Et Ettazaoui de répondre, toujours humblement : «Je ne rêve pas, je n’ai pas le temps, la réalité est à mes trousses, toujours… Peut-être dans une vingtaine d’années, avec l’espoir de laisser à nos enfants une France apaisée et un monde réconcilié… Alors, diminué et le regard tourné vers l’océan, je penserai que ma vie ne fut pas vaine. C’est à cet instant que je pourrai enfin fermer les yeux… et rêver éternellement.» Toujours sobre et sans jamais se mettre en avant, disait-on.




