Il est crucial de lever «le tabou» de l’inceste parental et d’agir face à la situation «intenable» des «mères protectrices», a estimé ce vendredi 14 novembre le député Christian Baptiste, qui espère lancer une commission d’enquête parlementaire. L’élu apparenté au groupe PS a déposé fin octobre une proposition de résolution pour la création d’une commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales et les parents protecteurs, notamment des mères protectrices.
Enquête
«Il est essentiel de rendre visible cette problématique qui existe et qui reste taboue», a déclaré Christian Baptiste à l’AFP en marge d’un échange avec une centaine de personnes concernées, majoritairement des femmes, à l’Assemblée nationale. Des associations alertent depuis plusieurs années sur la situation de ces «mères protectrices» ou «mères en cavale» qui refusent, dans des cas d’inceste paternel, de remettre l’enfant au père, même pendant l’enquête, et se mettent hors la loi.
«Bascule de la société»
«Il est plus que temps qu’on puisse prendre le temps d’enquêter et de se pencher sur les potentielles failles actuelles» du traitement judiciaire, a-t-il ajouté, précisant avoir le soutien de plus de 70 députés de tous bords politiques. A ses côtés, le député écologiste Arnaud Bonnet a appelé à une «bascule de la société» et une «réelle prise en compte de la parole des enfants».
Pour que cette commission d’enquête voie le jour, il faut que cette proposition de résolution soit inscrite à l’ordre du jour puis adoptée par l’Assemblée, ou que le groupe parlementaire du député utilise un droit de tirage lui permettant de créer une commission d’enquête.
Pour Sihem Ghars, fondatrice du collectif Incesticide, ce serait une «excellente nouvelle» qui permettrait de «regarder la poussière sous le tapis», «voir les failles» et mettre un terme à des «décisions délétères». Engagée au côté du collectif, Carla Bruni a appelé à «sortir du déni collectif» sur la pédocriminalité et sur l’inceste et à remettre à plat un système actuel «intolérable».
A écouter
Leur appel a été relayé en 2024 par des expertes indépendantes des Nations unies qui ont exhorté la France à mettre fin aux «traitements discriminatoires» subies par ces mères. La problématique est également sortie de l’ombre grâce à la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). En février, la ministre chargée de l’Egalité femmes-hommes, Aurore Bergé, a jugé «particulièrement préoccupant» le manque de protection des mères en cas de violences des pères sur les enfants.




