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Extrême droite

Lyon : une femme tabassée par l’extrême droite pour une casquette de football

Des militants d’extrême droite ont agressé violemment une jeune femme début octobre à Lyon. Son seul tort ? Avoir porté la casquette d’un club de football allemand de gauche.

Les supporteurs du club de foot allemand de Sankt Pauli (Hambourg), revendiquent un engagement antiraciste et antifasciste. (DR)
Publié le 31/10/2024 à 15h38

Un déchaînement de violence pour une simple casquette de foot. Laurine, une jeune femme, a été passée à tabac par un groupe d’extrême droite le 11 octobre place Carnot dans le IIe arrondissement de Lyon, rapporte Rue89. Elle s’en tire avec une «contusion cervicale», «des ecchymoses supérieures à 10 cm», des écorchures et un «hématome à la main droite» qui lui ont occasionné trois jours d’ITT. Elle a déposé plainte.

«Ces gens se sentent en impunité»

La victime, qui était de passage à Lyon, a expliqué à nos confrères qu’elle buvait un verre avec un groupe d’amis au niveau de la presqu’île. Elle portait alors une casquette aux couleurs du club de football allemand de Sankt Pauli, à Hambourg, dont beaucoup de supporteurs revendiquent un engagement antiraciste et antifasciste. Un homme au visage masqué s’approche alors de la table et lui retire sa casquette avant de s’éloigner. Partant à sa poursuite, Laurine tombe sur une quinzaine d’individus, au visage dissimulé également, qui la font tomber au sol et la rouent de coups aux cris d’«ici c’est Lyon, dehors les gauchos». Les proches de la jeune femme lui portent secours, non sans que l’un d’entre eux se retrouve aussi au sol. Les agresseurs prennent alors la fuite en direction de la gare de Lyon-Perrache.

Auprès de Rue89, la jeune femme a expliqué qu’elle était «fan de football» et avait acquis cette casquette il y a six ans «pour les valeurs humanistes» que porte le club hambourgeois qui évolue cette saison en première division allemande. Elle a confié avoir été traumatisée par l’agression qu’elle a vécue : «Dans les quelques jours qui ont suivi, j’ai eu comme un stress post-traumatique quand je me baladais dans la rue. Je me retournais beaucoup, j’avais surtout peur qu’ils aient retrouvé mon compte sur les réseaux sociaux.» Elle entend toutefois dénoncer les faits. «Ce n’est pas normal qu’à Lyon on ne puisse pas boire un verre où on veut à cause de l’extrême droite. Ces gens se sentent en impunité», a-t-elle souligné.

Manifestation sauvage

La ville de Lyon, et particulièrement les quartiers du centre-ville et du Vieux Lyon, est régulièrement le théâtre d’agressions de la part de militants d’extrême droite. Un phénomène que les autorités ont bien du mal à endiguer. En novembre 2023, une conférence propalestinienne avait été attaquée par une trentaine de nervis cagoulés et armés. Pendant trente longues minutes, ils avaient tenté d’entrer dans la salle où se déroulait l’évènement, défonçant les fenêtres et lançant des projectiles sur les spectateurs qui s’étaient barricadés en attendant la police. Cette dernière n’avait pu que constater les dégâts. Huit suspects avaient finalement été interpellés au mois de février.

Le jour même, deux autres membres de l’extrême droite lyonnaise, dont l’ancien patron du groupuscule Les Remparts (dissous en juin), Sinisha Milinov, étaient condamnés pour une agression raciste au couteau devant un établissement de nuit. Plus récemment, une cinquantaine de militants radicaux avaient organisé une manifestation sauvage dans le centre de Lyon, au prétexte d’un hommage à Philippine Le Noir de Carlan, retrouvée morte dans le bois de Boulogne en septembre, pour crier leur racisme. A l’époque, un témoin avait confié à Libé «n’avoir vu aucun policier en uniforme» lors de la déambulation.

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