Menu
Libération
Parlement

«Magouilles», «mascarade», «insultes racistes» : à l’Assemblée, une commission d’enquête sur les Outre-mer au cœur d’un conflit entre LFI et LR

Un député LR de Mayotte, élu président de la commission d’enquête sur la gestion des risques naturels majeurs en Outre-mer réclame des excuses à son homologue LFI, élu de Martinique. Après avoir été écarté de la présidence, ce dernier a regretté qu’il y ait «toujours un nègre de maison pour faire le boulot».

Mansour Kamardine, député Les Républicains de Mayotte et Jean-Philippe Nilor, député insoumis de Martinique. (S. Thomas. ABACA / J. Demarthon. AFP)
Publié le 25/12/2023 à 19h08

Elle n’avait jusqu’alors pas fait grand bruit. Créée fin novembre, à l’initiative du groupe La France insoumise, la commission d’enquête à l’Assemblée nationale sur la gestion des risques naturels majeurs dans les territoires d’Outre-mer, «chargée d’étudier et d’évaluer la gestion par l’Etat des risques naturels majeurs dans les collectivités transocéaniques françaises, dites d’Outre‑mer, et de proposer des solutions et autres mesures d’anticipation et d’innovation», était certes critiquée par une partie du camp présidentiel. Mais elle avait reçu le soutien de 160 députés contre 47, recueillant les suffrages de l’ensemble des oppositions et du groupe Horizons, membre de la majorité.

La chose s’est corsée, le 20 décembre, lorsque le député Les Républicains de Mayotte Mansour Kamardine a été choisi pour en être le président, lors de la première réunion de la commission. Un choix dénoncé par le député LFI de Martinique Jean-Philippe Nilor, à l’origine de la création de la commission, dont il espérait prendre la présidence, et qui s’est donc retrouvé écarté des postes à responsabilité. «Ce qu’il s’est passé est proprement intolérable, inqualifiable. C’est de la malversation politique», a alors déclaré l’élu LFI au micro d’Outre-mer la Première. En cascade, sur Twitter, Mathilde Panot a dénoncé une «alliance» entre macronistes, LR et RN, pour évincer Jean-Philippe Nilor, accusant «la minorité présidentielle» de «continuer ses magouilles politiciennes». Selon Outre-mer la Première, Jean-Philippe Nilor ne devrait pas participer aux travaux de la commission, préférant démissionner, face à cette «mascarade».

«Lamentable»

Un énième bras de fer parlementaire, dans une Assemblée nationale coutumière du fait. Mais les propos de Jean-Philippe Nilor, au micro de la chaîne de télévision, ont fait prendre un autre tournant à la séquence. Jugeant la situation «lamentable», l’élu LFI a ajouté : «Ce qui est le plus triste pour moi, c’est qu’il y a toujours un nègre de maison pour faire le boulot avec les maîtres, à côté des maîtres, accompagner les maîtres, à l’encontre même de sa propre population.» Des propos que le député de Mayotte a qualifiés d‘«insultants et attentatoires à [son] honneur et à [sa] considération». Dans un communiqué, relayé par Mayotte la Première, il ajoute : «Jamais je n’accepterai les insultes à caractère racial, qu’elles viennent d’un ultramarin ou d’un métropolitain», réclamant des excuses à son collègue LFI.

Depuis, l’élu LR a reçu plusieurs soutiens de la part d’autres élus ou membres de son parti, comme Olivier Marleix, Michèle Tabarot, Xavier Bertrand, ou Aurélien Pradié qui évoque sur Twitter «une attaque ignoble» et vise une «gauche moralisatrice [qui] a perdu tous ses repères». Et jusqu’aux rangs des députés du Rassemblement national qui n’ont pas manqué de rebondir sur la polémique. Comme le député de l’Yonne Julien Odoul, ou encore du député du Gard Nicolas Meizonnet, qui, sur Twitter, s’en est pris au «racisme et l’hypocrisie de l’extrême gauche [qui] ne sont plus à démontrer». Il y a désormais beaucoup de bruit autour de cette commission, sans que ne soient vraiment abordés les risques naturels majeurs dans les territoires d’Outre-Mer.

Dans la même rubrique