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Nouvelle-Calédonie : la nouvelle ministre en visite pour «construire un chemin» entre loyalistes et indépendantistes

Une semaine après le troisième report des élections provinciales, Naïma Moutchou a entamé lundi 10 novembre son premier voyage sur le Caillou. Elle doit y rencontrer les représentants politiques et les acteurs économiques locaux, dans la continuité des échanges menés par Manuel Valls.

Naïma Moutchou à Nouméa lundi 10 novembre 2025. (Delphine Mayeur /AFP)
Publié le 11/11/2025 à 11h18

Retour à la case départ ou presque. Après les neuf mois de Manuel Valls au ministère des Outre-mer durant lesquels il aura réussi à faire discuter les indépendantistes et non-indépendantistes, et même à faire naître un accord - bien que très précaire -, sa successeure a entamé cette semaine son premier déplacement en Nouvelle-Calédonie. Naïma Moutchou est arrivée sur le Caillou lundi 10 novembre pour quatre jours où elle entend rencontrer tous les représentants politiques.

«Je commence par des échanges en bilatéral. C’est essentiel de pouvoir échanger avec chaque représentant politique, avait-elle assuré la semaine dernière auprès de Ouest-France. Ce que je refuse, c’est de faire semblant de les entendre et ensuite d’aller trancher seule à Paris. Sur des questions comme le dégel [du corps électoral] ou tout autre sujet institutionnel, rien n’est durable si le chemin n’est pas construit ensemble.»

Jeudi, le Conseil constitutionnel a validé le report des élections provinciales dans l’archipel du Pacifique, qui doivent se tenir au plus tard le 28 juin 2026, tout en jugeant que ce troisième report devra être le dernier.

Ce décalage du scrutin, auquel une partie du camp indépendantiste est opposée, doit conduire à la mise en place du fragile accord de Bougival sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Conclu en région parisienne en juillet entre l’Etat et les forces politiques calédoniennes, ce compromis prévoit notamment la création d’un «Etat de la Nouvelle-Calédonie» inscrit dans la Constitution française et la reconnaissance d’une nationalité calédonienne.

«Dialogue sincère»

Toujours soutenu par les loyalistes et une partie des indépendantistes, il a depuis été rejeté par le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), dont l’objectif reste l’accession de l’archipel à la «pleine souveraineté». Le front indépendantiste s’est dit vendredi «prêt à rencontrer la ministre des Outre-mer» mais l’a invitée à «une rupture avec les pratiques du passé», appelant l’Etat à «un dialogue sincère» en vue d’un «avenir partagé et apaisé».

L’accord de Bougival entend élargir le corps électoral spécifique à ces élections, une question sensible. Actuellement, seuls certains habitants peuvent voter, notamment ceux établis sur le territoire avant 1998 et leurs descendants, ce qui ulcère le camp loyaliste. «L’identité kanak doit être pleinement respectée […]. L’Etat en est le garant et je m’inscris dans cet héritage», a assuré Naïma Moutchou à Ouest-France.

En plus des forces politiques locales, la ministre a rencontré lundi les acteurs économiques de Nouvelle-Calédonie. L’archipel est plongé dans une crise sans précédent depuis le mouvement social de 2024 qui ont fait des milliards d’euros de dégâts : le PIB a chuté de 13 %, la relance ne s’est pas amorcée en 2025 et les recettes fiscales sont en diminution de 26 %, selon les estimations du gouvernement calédonien, qui tablait à l’origine sur une baisse de 20 %. Quelque 11 000 emplois ont également été détruits dans l’archipel de 260 000 habitants depuis 2024.

Conséquence, du milliard d’euros de prêt garanti par l’Etat (PGE) contracté auprès de l’Agence française de développement pour éviter la banqueroute, il ne reste que 200 millions. Des sommes par ailleurs fléchées sur les exercices 2026 et 2027. Le PGE a fait grimper le taux d’endettement de l’archipel à 360 % et la Nouvelle-Calédonie doit commencer à rembourser dès 2026. Le taux d’intérêt, fixé à 4,54 %, fait grincer des dents la quasi-totalité des élus, qui réclament «la solidarité nationale» et la transformation d’une partie du prêt en subvention dès 2026. Mais le budget Outre-mer, qui doit être discuté mi-novembre à l’Assemblée nationale dans le cadre du Projet de loi de finances, ne prévoit rien à ce sujet.

Au sortir de l’échange avec la ministre lundi, les responsables du monde économique de Nouvelle-Calédonie se sont dits déçus, auprès de Nouvelle-Calédonie la 1re. «Aujourd’hui, on comprend bien que c’est donnant-donnant. L’État donnera seulement si des efforts sont encore faits sur le territoire. Il y a eu, notamment sur les budgets, pas mal d’efforts sur 2025, avec une réduction de 15 % sur les dépenses publiques, mais pour l’État ça ne suffit pas. Il demande encore un peu plus, et c’est toute la difficulté qu’on peut avoir», a par exemple dénoncé Christophe Dantieux, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises.

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