L’Elysée a fini par proposer à la famille de Brigitte Bardot, mardi 30 décembre, d’organiser un hommage national après le décès de l’artiste dimanche matin, à l’âge de 91 ans. «Il y a eu un échange avec la famille, avec proposition qu’un hommage ait lieu, sans que la famille ne donne suite», a déclaré un proche d’Emmanuel Macron à l’AFP, rappelant qu’une telle démarche correspond à un «usage républicain» et que les hommages sont «systématiquement décidés d’un commun accord avec les proches du défunt». L’Elysée assure aussi ne pas être au courant de la position de Brigitte Bardot sur sa non-volonté d’un hommage national.
La présidence de la République espère ainsi, à la veille des vœux du chef de l’Etat, étouffer le début de polémique politique. Au lendemain de l’annonce de la mort de l’ex-actrice, Eric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République et allié du Rassemblement national, s’était ainsi emparé du sujet en demandant solennellement à Emmanuel Macron d’organiser une cérémonie officielle. «La France a le devoir d’honorer sa Marianne», avait martelé le député des Alpes-Maritimes sur X, avec une pétition lancée sur le site de son parti.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, lui avait répondu dans la foulée : «Les hommages nationaux récompensent les services exceptionnels rendus à la nation», avait-il écrit lui aussi sur X, rappelant que si «elle [avait] marqué le cinéma français […] elle [avait] aussi tourné le dos aux valeurs républicaines», comme en témoignent ses condamnations en justice pour des propos incitant à la haine raciale.
Ciotti seul demandeur
Si la pétition lancée par Eric Ciotti – qui recueillait mardi soir plus de 25 000 signatures – est présentée comme un soutien populaire spontané, elle constitue toutefois un moyen partisan de recueil de dizaines de milliers d’adresses électroniques. L’opération permet ainsi de constituer ou d’enrichir une base de données, utile pour les campagnes de communication et de financement. Un moment opportun pour Eric Ciotti, qui est déjà en campagne pour les municipales 2026 à Nice. Son rival face à lui, Christian Estrosi, maire Horizons, s’est lui aussi montré très actif dans l’hommage à Bardot. Dans la foulée de la demande d’hommage national de Ciotti, il a annoncé son intention de rebaptiser un lieu emblématique de la ville au nom de l’actrice.
Le billet de Thomas Legrand
Le président de l’UDR était jusqu’ici le seul à avoir demandé un hommage national. Aucune personnalité politique, à droite comme à l’extrême droite, n’a embrayé derrière le député des Alpes-Maritimes alors qu’ils ont été, sans surprise, très nombreux à partager sur les réseaux sociaux leurs hommages à l’artiste. D’Emmanuel Macron, qui a salué une «légende du siècle», à Marine Le Pen qui a, elle, souligné «qu’elle était incroyablement française», en passant par le patron des LR, Bruno Retailleau, qui a vu en Bardot l’incarnation d’«un certain esprit français».
L’actrice voulait «quelque chose d’assez simple»
L’entourage de l’actrice avait fait savoir, avant même son décès, qu’elle ne souhaitait pas une telle commémoration. «Elle était tout sauf dans la recherche de médailles, d’insignes, de protocoles, a confié, lundi, la journaliste Wendy Bouchard, proche de Brigitte Bardot. Ça part probablement d’un bon sentiment, mais je ne suis pas sûre qu’elle, qui vivait dans la simplicité et dans le dénuement, ait voulu cet hommage national.»
Le journaliste Steven Bellery, qui avait interviewé Brigitte Bardot en mai pour BFMTV, avait lui aussi rappelé, lundi, qu’«elle [lui avait dit] encore au mois de mai» : «Moi j’ai une vie de fermière, je me contente de lecture, j’ai un rapport aux politiques complexe.» «Elle voulait quelque chose de très intime, avec peu de monde, une simple croix en bois, avait-il expliqué. Elle voulait plutôt quelque chose d’assez simple, pas un hommage national, un hommage de la mairie de Saint-Tropez peut-être ?» Les obsèques de Brigitte Bardot se tiendront dans l’intimité le 7 janvier à Saint-Tropez (Var), en présence de Marine Le Pen, a indiqué mardi son entourage. Emmanuel Macron ne s’y rendra pas, a précisé l’Elysée.




