Une fois n’est pas coutume : la gauche française, toutes tendances confondues, des socialistes, aux écologistes en passant par les insoumis, a unanimement dénoncé ce samedi 3 janvier «l’enlèvement» du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines, et appelé les autorités françaises à le condamner également. LFI a par ailleurs appelé à participer à des rassemblements partout en France en solidarité avec le peuple vénézuélien, dont une place de la République à Paris à partir de 18 heures.
«Les USA de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse», a posté sur le réseau social X la figure de LFI Jean-Luc Mélenchon. «Avec l’Ukraine, Gaza, la république démocratique du Congo, l’invasion est redevenue un mode opératoire», a-t-il ajouté, estimant que «la paix du monde entier est en cause». Pour l’insoumis, le narcotrafic, argument mis en avant par Donald Trump pour justifier son intervention au Venezuela, n’est qu’un «prétexte» pour «détruire ce qu’il reste d’ordre international libre de la loi du plus fort».
A l’unisson de son patron, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a déclaré que les Etats-Unis «renouent avec les coups d’Etat et la guerre». Et d’ajouter : «Les autorités françaises ont l’intention de dire quelque chose ? Où sont les grands esprits de la liberté et de la démocratie, d’habitude si prompts à réagir ?» Plus largement, LFI a appelé dans un communiqué «le gouvernement français à condamner sans ambiguïté cette guerre, à exiger un cessez-le-feu immédiat et à défendre la souveraineté du Venezuela. Dans l’immédiat, elle doit demander une réunion du conseil de sécurité de l’ONU». Le Parti communiste, qui a appelé ses militants à se joindre au rassemblement place de la République, dénonce pour sa part un «scandale absolu». «La France doit réagir fermement», a exhorté son numéro 1, Fabien Roussel, sur X.
«Un feu vert donné à tous les autocrates»
Même son de cloche du côté du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, avec toutefois quelques nuances : «Quoi que l’on pense de Maduro, cet acte doit être unanimement condamné. La force ne peut remplacer le droit, a-t-il écrit sur X. C’est un pas de plus dans la délégitimation des institutions internationales et c’est à l’inverse un feu vert donné à tous les autocrates du monde.» Marine Tondelier, la cheffe de file du parti Les Ecologistes, a de son côté critiqué les bombardements nocturnes au Venezuela, sans mentionner la capture de Nicolás Maduro. Elle a jugé que «cette attaque constitue une agression manifeste et illégale d’un Etat souverain» et que la France «doit condamner avec la plus grande fermeté cette énième violation du droit international».
Quelques nuances donc, qui illustrent les fractures qui parcourent la gauche française sur la personnalité de Nicolás Maduro. Jean-Luc Mélenchon est régulièrement accusé d’être un soutien du président vénézuélien, ce qu’il récuse, même si Hugo Chávez était un de ses modèles politiques. Depuis 2013 et l’accession au pouvoir du successeur de l’instigateur de la révolution bolivarienne, le leader insoumis s’est effectivement fait très discret. Reste qu’en juillet 2024, après la réélection très contestée de Maduro, LFI – comme le PCF – ne s’était pas jointe aux critiques de la gauche française. A l’époque, le PS, les écologistes et le NPA s’étaient fendus d’une lettre pour réclamer «un audit citoyen, public et pluraliste des actes du scrutin». Jean-Luc Mélenchon était resté silencieux. Côté LFI, seul Christian Rodriguez, relais du patron des insoumis en Amérique latine, avait qualifié ce texte de «honteux», qui reprenait selon lui «les éléments de l’extrême droite vénézuélienne».
«Quelqu’un réveille le président Macron ?»
Dans la matinée du samedi 3 janvier, la gauche était quasiment la seule à avoir réagi à l’attaque américaine. Silence radio du côté de l’Elysée, à tel point que vers midi, Jean-Luc Mélenchon a écrit : «Quelqu’un réveille le président Macron ?». Ce n’est qu’à 19h30 qu’Emmanuel Macron a finalement écrit sur X, un message en forme de soutien à l’intervention armée américaine : «Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir […]. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition.» Pas une allusion aux Etats-Unis ou à Donald Trump, ni la moindre condamnation d’une opération militaire contre un Etat souverain.
Quelques minutes plus tôt, Gabriel Attal, le patron de Renaissance a publié un long communiqué sur X, où il déclare «sans ambages», qu’il «ne regrette pas le départ (sic) de Nicolás Maduro». L’ex-Premier ministre qui plaide «le pragmatisme» estime que «se contenter d’être les derniers à défendre et respecter la Charte des Nations unies, ou encore les règles de l’OMC quand il s’agit du commerce international, c’est sans doute être cohérent avec notre histoire et fidèles à notre doctrine. Mais c’est surtout être complètement effacés». Et d’assurer : «Même les démocraties doivent retrouver la voie de la force si elles veulent continuer d’espérer que le droit prévale de nouveau. Et pour la France, la force c’est notre capacité militaire à renforcer plus que jamais, notre refus de nous laisser effacer, et c’est l’Europe, seule à même d’hisser notre continent à la hauteur des défis qui viennent.»
Chez LR, Bruno Retailleau a finalement réagi en fin d’après-midi ce samedi, dénonçant sur X «le régime narco-socialiste autoritaire de Maduro qui a plongé le Venezuela dans la ruine, la misère et l’exode, qui exporte la drogue et son cortège de chaos et de morts». L’ex-ministre de l’Intérieur a également ajouté que «le narcotrafic est une guerre hybride qui ne dit pas son nom». Sans nommer les Etats-Unis ou Donald Trump, il a toutefois fait valoir «que la souveraineté du peuple vénézuélien demeure sacrée, elle commande que ce dernier décide librement de son avenir, avec une aide de la communauté internationale […] et sans une ingérence unilatérale qui ouvrirait la porte à un nouveau chaos».
Avec moins de retard à l’allumage, l’extrême droite s’est montrée elle aussi très critique à l’égard du régime vénézuélien. Eric Ciotti, le patron de l’UDR, allié au RN, s’est carrément posé en soutien de l’action américaine saluant la «chute du dictateur Maduro». «Cette bonne nouvelle pour le peuple vénézuélien doit s’intégrer dans le respect du droit international», a-t-il cependant précisé, demandant «un processus démocratique». Moins tranché, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a estimé sur X que «personne» ne regrettera le «régime rouge» de Nicolás Maduro, mais que «le respect du droit international et de la souveraineté des Etats ne peut être à géométrie variable». Sur la même ligne, Marine Le Pen a, elle, écrit qu’il «existait mille raisons de condamner le régime de Nicolás Maduro : communiste, oligarchique et autoritaire», tout en précisant qu’il «existe une raison fondamentale pour s’opposer au changement de régime que les Etats-Unis viennent de provoquer au Venezuela. La souveraineté des Etats n’est jamais négociable».
Mis à jour à 18h38 avec la réaction de Bruno Retailleau.
Mis à jour à 19h17 avec la réaction de Gabriel Attal.
Mis à jour à 20h09 avec la réaction d’Emmanuel Macron.




