Pupitre, fond bleu, drapeau tricolore. C’est dans un décor un brin pompeux que Bruno Retailleau s’est officiellement lancé, jeudi 12 février, dans la course à l’Elysée. S’adressant à ses «chers compatriotes» dans une allocution enregistrée en studio et diffusée sur les réseaux sociaux, l’ex-ministre de l’Intérieur a assuré avoir «pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle». «Cette décision, a-t-il ajouté devant un carré de fidèles et de militants, je la prends avec la sincérité de mes convictions.»
Avec un passage sur le plateau de TF1 dans la soirée, le Vendéen a rodé son plan com avec la couverture du Figaro Magazine et une interview sur LCI avec Darius Rochebin. «Là où je suis, ne rien tenter serait une lâcheté, a-t-il confié au canard de droite. A Beauvau, j’ai compris ceci : si on veut, on peut. Il est possible de donner une espérance aux Français.» Fort d’un appareil à sa main et après sa sortie ratée du gouvernement de Sébastien Lecornu cet automne, Retailleau se lance pour de bon. Plus tôt dans la journée, il mentionnait, dans un message envoyé à des élus LR, sa volonté «d’indiquer aux Français un nouveau chemin, axé sur l’ordre, la prospérité et la fierté française». «Je porterai ce projet dans un esprit de rassemblement de notre famille politique et de tous les Français qui veulent le redressement de notre pays», écrivait-il.
Le patron du parti avait déjà donné des signaux aux députés LR, mardi, lors de leur réunion de groupe, leur livrant les «axes» de sa future campagne : la «prospérité» et la «revalorisation du travail», l’autorité et un volet «civilisationnel». Un cocktail résumé ainsi dans sa déclaration : «rétablir l’ordre», «garantir la justice» et «faire renaître la fierté française». Il propose aussi de modifier la Constitution pour soumettre au référendum le sujet de l’immigration.
«Il va se refaire la cerise sur les municipales»
Voilà des semaines que le sénateur de Vendée mûrissait sa décision, à la recherche de la bonne fenêtre. Ses proches l’ont poussé à endosser le costume de candidat à la présidentielle avant le résultat des municipales, en dépit des trous d’air qu’il a dernièrement traversés. Primo, l’examen du budget cet automne a éprouvé la cohérence de son camp. A la tête du parti, Retailleau s’est étouffé face à une copie conduisant au «déclin de la France», dictée, selon lui, par des socialistes entrés en négociation avec le gouvernement soucieux de ne pas être censuré. La perte d’un siège de député début février lors d’une élection législative partielle en Haute-Savoie, et le poison lent de l’union avec l’extrême droite, avec des débauchages d’élus LR par le RN pour les municipales, l’ont également convaincu d’ajouter son nom à la liste de candidats. «Il va se refaire la cerise sur les municipales et les sénatoriales», prédit une députée Renaissance. Le timing, en plein milieu de la campagne des municipales, interroge pourtant. Un cadre LR le défend : «Ni trop près pour parasiter la campagne. Ni trop loin pour être assimilé aux résultats.»
Avec cette déclaration, Retailleau prend de court le groupe de travail qu’il a mis sur pied fin novembre. Six figures du parti, dont Gérard Larcher, président du Sénat, ont été chargés d’auditionner les prétendants de droite à l’Elysée, dont Laurent Wauquiez et David Lisnard. L’idée selon Retailleau est de trancher différentes modalités pour désigner leur champion en 2027 : un congrès interne, une primaire ouverte ou un départage via les sondages. Silencieux sur sa préférence, il a seulement indiqué vouloir s’en remettre aux adhérents. «Moi je suis candidat, je me plierai aux règles», a-t-il éludé sur TF1.
«Le mieux placé pour gagner une primaire LR mais après ?»
Désormais candidat, Retailleau se pliera-t-il à une compétition interne ou passera-t-il par une primaire plus large avec le bloc central ? Auréolé de son score (75 % des voix) face à Laurent Wauquiez lors du congrès LR de 2025, il sait qu’il va devoir jouer des coudes avec ses adversaires internes. Wauquiez, qui ne jure désormais que par le rassemblement, plaide pour une improbable primaire allant de Darmanin à Knafo (Reconquête) et compte lui-même y concourir. Tout comme le maire de Cannes, David Lisnard. Se posant en rempart face au RN, Xavier Bertrand, patron des Hauts-de-France répète toujours se «prépare [r]» à la présidentielle. «La priorité ce n’est pas d’accumuler les candidatures, c’est de se mettre d’accord sur un système qui permette d’avoir un seul candidat», juge un proche de Wauquiez.
Au sein de LR, certains doutent déjà de sa capacité à rassembler. «Il est le mieux placé pour gagner une primaire interne, admet un ministre LR. Mais après ? Taper toute la journée sur le gouvernement, ça ne fait pas de lui un rassembleur.» Quant à savoir s’il ira au bout… Au parti, comme chez les parlementaires, l’option de s’allier à Edouard Philippe le moment venu est murmurée, qu’on la redoute ou qu’on s’y résigne in fine. Auprès du Figaro Magazine, le Vendéen assume pour l’heure avoir avec le maire du Havre des «visions différentes pour le pays». Tout en estimant que «le moment tragique que nous vivons nécessite l’élargissement et non le rabougrissement».




