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Officialisation

Présidentielle : Marine Tondelier désignée candidate des Ecologistes à l’hypothétique primaire de la gauche

Sans surprise, la secrétaire nationale a largement remporté le processus de désignation interne de son parti. Elle est donc officiellement sur la ligne de départ pour la primaire qui devrait se tenir à l’automne 2026.

Marine Tondelier, à Paris, le 2 juillet 2024. (Denis Allard/Libération)
Publié le 08/12/2025 à 13h06

Une formalité. Marine Tondelier sera, comme prévu, la candidate officielle du parti Les Ecologistes à la primaire de la gauche actuellement en préparation et qui devrait se tenir en automne 2026. La secrétaire nationale des verts a remporté haut la main le processus interne de désignation organisé par son parti du 5 au 8 décembre. La Nordiste a recueilli 86 % des suffrages quand son seul adversaire Waleed Mouhali obtient le score de 14 %.

«Ce score impressionnant m’oblige et va être utile car il me donne beaucoup de forces dans un combat qui va en demander énormément», a réagi Marine Tondelier à la mi-journée, dans la foulée de l’annonce des résultats. La candidate se dit embarquée «dans la bataille la plus difficile et dangereuse à mener» puisqu’elle peut se terminer sur une accession de l’extrême droite au pouvoir. Pour installer sa candidature, l’écologiste mise sur le terrain et explique aller à la rencontre «des victimes du budget» actuellement en débat au Parlement. Au cours de ces derniers mois, l’élue du Nord a multiplié les déplacements pour prendre part à des «réunions inversées» ou dans le cadre de dédicaces de son livre Demain, si tout va bien… (Albin Michel). «Dans toutes ses rencontres, je perçois énormément de colères, de détresses, je sens que le pays a perdu confiance. Je veux dire «tenez bon, nous arrivons»», explique-t-elle.

A la tête des Ecologistes depuis décembre 2022, l’ancienne collaboratrice de Cécile Duflot avait annoncé sa candidature le 22 octobre dans une interview au Nouvel Obs, puis au 20 heures de TF1. «Je viens d’un territoire où on ne baisse pas la tête. Aujourd’hui, c’est celle de tout un pays que je veux aider à relever», y affirmait l’élue municipale d’opposition d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). «J’y mettrai tout ce que j’ai en moi, prévenait-elle. Non seulement pour empêcher notre pays de basculer entre les mains de l’extrême droite, mais aussi pour réparer ce qui a été abîmé, les services publics, la démocratie, l’environnement, et aussi le lien entre les Français.» En pleins débats budgétaires, la déclaration était passée presque inaperçue. Et avait suscité de nombreuses moqueries dans les rangs de la gauche. «Le timing est lunaire, c’est à côté de la séquence», regrettait, par exemple, un élu écolo. «Il n’y a rien qui allait dans l’annonce de candidature de Marine», ricane, de son côté, une insoumise.

Partir en campagne le plus tôt possible

Mais si Marine Tondelier s’était empressée de sortir du bois, c’était pour se conformer au calendrier de désignation qu’elle avait soutenu. Convaincue qu’il faut du temps pour installer une candidature à la présidentielle dans l’opinion, l’écologiste estime donc qu’il faut partir en campagne le plus tôt possible. Aller vite était aussi un moyen de mettre un parti, qui n’a pas toujours facilité la tâche de ses candidats à l’élection suprême, en ordre de marche. En interne, plusieurs voix s’étaient élevées pour critiquer le calendrier, jugeant notamment qu’il était préférable de d’abord se concentrer sur les municipales.

Surtout, certains étaient clairement défavorables au principe même d’une prédésignation censée empêcher d’autres candidatures écologistes. Sandrine Rousseau, qui ne cache pas ses ambitions élyséennes, a, par exemple, refusé de se plier à un processus fait sur mesure, selon elle, pour Tondelier. Beaucoup ont d’ailleurs cru que la patronne du parti vert serait la seule candidate. Mais c’était sans compter sur Waleed Mouhali, enseignant-chercheur en physique pour l’énergie totalement inconnu en dehors des Ecologistes. «Une candidature dealée pour que Marine ne soit pas la seule candidate», grinçait fin octobre un détracteur de la secrétaire nationale. «Je suis candidat à la primaire écologiste pour remettre des idées et le collectif au centre et pour proposer une autre méthode : une union des gauches construite depuis les territoires et les municipales», expliquait Waleed Mouhali sur X en novembre.

«Je suis très émue»

Méconnue pendant longtemps, Marine Tondelier est née, aux yeux du grand public, le 1er juillet 2024. Ce matin-là, la trentenaire est l’invitée de la matinale de France Inter pour commenter le premier tour des législatives et les 33 % du Rassemblement national. La Nordiste craque, et laisse couler quelques larmes au micro car quelques instants plus tôt, à la même place, le ministre de l’Economie d’alors, Bruno Le Maire, vient d’expliquer qu’il refuse de choisir entre un candidat LFI et un candidat d’extrême droite. «Je suis très émue parce que ça fait dix ans que je vis dans une ville tenue par le Rassemblement national. Et ce que vient de faire Bruno Le Maire, c’est un comportement de lâche, et de privilégié», réagit-elle. L’extrait fait le tour des télés et des réseaux sociaux et fait entrer l’écologiste dans une autre dimension. Elle qui, sans la dissolution surprise de l’été 2024, aurait été plus qu’affaiblie après les 5,5 % de son parti aux européennes. Un scrutin pourtant d’ordinaire favorable aux écolos.

Depuis juin 2024, Marine Tondelier est perçue par le grand public comme une des incarnations de l’union de la gauche. La conseillère régionale des Hauts-de-France multiplie régulièrement les appels aux partis de gauche à se rassembler pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir. Malgré la fin du Nouveau Front populaire et les vives tensions entre LFI et le PS, la patronne des écolos refuse d’enterrer publiquement une alliance réunissant mélenchonistes et socialistes. Un positionnement de «trait d’union» parfois décrié chez les verts car le temps passé à siffler la fin de la récré entre les roses et les insoumis est, pour certains, du temps perdu pour se consacrer au développement d’un projet écolo. «Marine dit qu’elle va réconcilier la gauche. Mais les écolos n’ont pas vocation à être des thérapeutes de couple ! critique un parlementaire de son camp. On dirait des enfants qui veulent réconcilier papa et maman. Mais à la fin, les gens choisiront soit papa, soit maman.»

Mais Tondelier dit vouloir embarquer tout le monde dans une primaire. Les socialistes ne veulent pourtant pas de Jean-Luc Mélenchon et les troupes de ce dernier n’ont jamais entrouvert la porte. Tout comme Raphaël Glucksmann qui rejette ce processus et compte sur un vote des socialistes contre la participation de leur parti à l’exercice. Si cette désignation a bien lieu, on trouvera sur la ligne de départ (outre Tondelier) Clémentine Autain et François Ruffin, déjà déclarés depuis de longs mois. Reste désormais à fixer les modalités et la date de l’élection. Les unitaires devraient faire des annonces la semaine prochaine, au cours d’une conférence de presse.

Mise à jour à 15h34 avec des éléments de la conférence de presse.

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