Un budget «différent, meilleur, responsable». Sur le perron de Matignon, Sébastien Lecornu a déroulé ce vendredi durant une quinzaine de minutes ce qu’il a convenu d’appeler des «évolutions importantes» du projet de budget 2026. Le Premier ministre a exposé une liste de «priorités».
Pas d’augmentation de la fiscalité des ménages
Le gouvernement proposera notamment dans les prochaines semaines une réforme des allocations de solidarité. «Il n’y aura aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte», assure Sébastien Lecornu, qui certifie également que la niche fiscale des retraités sera maintenue et que le barème de l’impôt sur le revenu sera réindexé pour suivre l’inflation. «Le barème sera revalorisé pour que l’inflation ne se transforme pas en augmentation masquée de cet impôt», promet-il encore. «De même, il n’y aura pas de réforme de l’abattement de l’impôt sur le revenu pour les retraités.»
Augmentation de la prime d’activité
Le budget de l’Etat devrait contenir en outre une augmentation de «50 euros en moyenne» de la prime d’activité, un complément de revenu versé aux travailleurs à revenus modestes, pour «plus de trois millions de ménages». «Le budget de l’État doit traduire une priorité claire : être du côté des travailleurs», a ajouté le Premier ministre. «Réduire la portée» de la prime d’activité comme prévu dans le projet de budget initial était «une erreur», a-t-il reconnu, tout en disant vouloir aller «plus loin» en la «réformant».
«Il faut que le travail paie plus. Plus de trois millions de ménages qui gagnent le SMIC ou un peu plus que le SMIC seront désormais garantis de gagner plus à la fin du mois, a-t-il déclaré. Ils verront leur prime d’activité augmenter en moyenne de 50 euros par mois.» L’entourage du Premier ministre a précisé que cette hausse coûtera «de l’ordre de 2 milliards d’euros en année pleine».
400 millions d’euros pour les bailleurs sociaux
Sur le volet logement, autre priorité, Lecornu a également annoncé une augmentation de 400 millions d’euros «des moyens pour les bailleurs sociaux» pour qu’ils «construisent plus et rénovent mieux», dans la veine d’une proposition adoptée au Sénat.
Généralisation des repas universitaires à 1 euro
C’était une demande spécifique du parti d’Olivier Faure, qui avait par ailleurs filtré en milieu de journée. La généralisation des repas universitaires pour tous les étudiants à 1 euro a été confirmée par le Premier ministre, à partir du mois de mai. La proposition de loi était bloquée au Sénat depuis un an.
Points en suspens
Pour dégager des recettes supplémentaires, le Parti socialiste demandait une hausse de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises de l’ordre de 8 milliards d’euros, quand le gouvernement proposait un compromis à 6,3 milliards. Le camp gouvernemental s’est lui opposé à toute hausse de cette taxe au Parlement, et le Premier ministre n’a pas annoncé où il comptait placer le curseur dans le texte final.
Il n’a pas non plus annoncé s’il comptait réinsérer une mesure de taxation sur les holdings familiales demandée par les socialistes. De même, si les collectivités locales devront contribuer à l’effort budgétaire «dans des proportions acceptables» selon le chef du gouvernement, il n’a pas chiffré de montant. Le texte initial prévoyait un effort de 4,6 milliards d’euros, que le Sénat avait réduit autour de 2 milliards.
49.3 ou ordonnance ?
Au final, le déficit budgétaire ne «devra pas dépasser 5 %», a averti Sébastien Lecornu. «Si la croissance est soutenue, ce sera sans doute peut-être moins.» Ces «priorités» mises sur la table, le chef du gouvernement va désormais devoir trancher sur la manière de les faire entrer dans la loi. Le Premier ministre s’est donné jusqu’à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du PS. Sur le fond mais aussi sur la forme, même s’il n’a pas dit lors de son allocution son choix, entre les deux outils constitutionnels à sa disposition (49.3 ou ordonnance), perçus par ses opposants comme des «passages en force».
Premières réactions
«Ce budget n’est pas le nôtre et reste insuffisant mais les avancées sont réelles», a écrit sur X le PS, dont Sébastien Lecornu cherche à s’assurer la non-censure. «Pouvoir d’achat, jeunesse, justice fiscale, environnement : ce soir, nous avons arraché de nombreuses avancées avec des effets concrets sur les vies quotidiennes.» «Plusieurs points nécessitent encore des échanges avec le gouvernement», a toutefois ajouté sur X le chef du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud.
Le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a en revanche fustigé un «théâtre d’ombre», déplorant que les coupes budgétaires soient «maintenues».




