Pour «éviter le danger», il faut «s’y préparer». Dans une variante revisitée de l’adage latin «Si vis pacem, para bellum», Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi 27 novembre l’instauration d’un «service national» volontaire dans les prochains mois. A l’occasion d’un déplacement auprès de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (BIM) sur la base militaire de Varces (Isère), le président de la République a donné les contours de ce nouveau service militaire qui remplacera le Service national universel (SNU). Qui y participera ? Dans quelles conditions ? Quelles missions pour les jeunes qui y prendront part ? Libé fait le point.
Pour qui ?
Le nouveau service militaire s’adressera surtout aux «jeunes âgés de 18 et 19 ans». Ils représenteront 80 % des sélectionnés. Les 20 % restants auront des profils plus spécialisés (ingénieur, analyste de données, infirmier, etc.) et pourront faire leur service jusqu’à 25 ans avec le grade d’aspirant, le premier grade d’officier.
Il ne s’agira pas d’une conscription, puisque ce dispositif fonctionnera uniquement sur la base du «volontariat». Il concernera 3 000 personnes à l’été 2026, selon Emmanuel Macron, qui soutient que notre jeunesse est «prête à se lever pour la patrie».
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Emmanuel Macron a annoncé un objectif d’intégrer 10 000 jeunes par an en 2030, à l’issue de la loi de programmation militaire (LPM) actuelle et 50 000 en 2035, en tenant compte des quelque 7 500 jeunes du service militaire adapté (SMA) et du service militaire volontaire (SMV), des dispositifs d’insertion qui perdureront.
«La ministre des Armées aura l’occasion de préciser les conditions dans lesquelles les candidatures pourront être déposées à compter de mi-janvier 2026», a développé le chef de l’Etat. Les armées choisiront ensuite parmi les volontaires «les plus motivés et ceux qui répondent le mieux à leurs besoins».
Comment ?
Ce service militaire volontaire durera «dix mois», ce qui sera pris en compte comme une «année de césure» dans leurs études, selon le chef de l’Etat. Pendant le service, le premier mois sera consacré à la formation initiale (les classes). «Ils acquerront l’esprit de discipline, se formeront au maniement des armes, à la marche au pas, aux chants, à l’ensemble des rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées, et concourent à la grandeur de la Nation», selon le président Emmanuel Macron. Les neuf mois suivants, les volontaires seront insérés dans les trois armées et les services de soutien.
Les engagés serviront au sein des armées, «sous statut militaire, seront dotés d’un uniforme, d’une solde, et d’un équipement». Pour les accueillir, il faudra «commencer à construire des infrastructures» dédiées, a souligné Emmanuel Macron, bon nombre de casernes ayant été vendues à l’issue de la conscription obligatoire en 1997.
A partir de 2027, les jeunes volontaires pourront aussi «exprimer le souhait d’effectuer leur service national au sein de la gendarmerie nationale de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris et du bataillon des Marins-pompiers de Marseille, qui sont également sous statut militaire».
Quels avantages ?
Pendant le temps sous les drapeaux, les jeunes recevront une solde mensuelle de 800 euros minimum, seront nourris et hébergés. Pour leurs déplacements, ils bénéficieront de la carte de circulation militaire permettant une réduction de 75 % dans les trains.
La solde perçue ne sera pas intégrée dans l’évaluation des ressources pour l’obtention des bourses.
Avec cette année de césure, ils pourront reporter leurs vœux sur Parcoursup et les jurys de l’enseignement supérieur seront «incités» à valoriser leur expérience lors des délibérations des concours, selon l’exécutif. Ils pourront également valider certains acquis, sous la forme d’environ 15 crédits de formation européens ECTS.
Quelles missions ?
Ce service militaire volontaire se déroulera «exclusivement sur le territoire national», a martelé ce jeudi Emmanuel Macron. Les jeunes ne seront donc pas envoyés en Ukraine, comme il l’avait déjà précisé le 25 novembre à la suite des propos polémiques du chef d’Etat-major.
Décryptage
A l’issue de leur mois de classes, une fois insérés dans leurs unités, «ils effectueront les mêmes missions que l’armée d’active sur le territoire national», selon le chef de l’Etat. Ils pourront participer à l’opération Sentinelle, assurer la protection des sites militaires ou encore surveiller les approches maritimes dans les sémaphores disposés le long du littoral.
Selon leur qualification (logisticiens, cuisiniers, ingénieurs, traducteurs…), les recrues participeront aussi au soutien des unités et des services.
Et la suite ?
A l’issue du service, les jeunes sont automatiquement basculés dans la réserve opérationnelle dite de second niveau, qui existait du temps de la conscription. Celle-ci prévoit la mise à disposition de cinq jours par an pendant cinq ans en cas de besoin.
L’instauration du service national a pour but également de servir de «robinet de la réserve», selon le chef d’Etat-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill. Les jeunes pourront donc s’engager dans la réserve opérationnelle de premier niveau qui doit atteindre 80 000 personnes en 2030, contre 47 000 actuellement.
Il sera toujours possible de s’engager dans l’armée d’active sans passer par le service national ou la réserve.
Quel coût ?
Le budget prévu du «service national» (paie, équipement, habillement, hébergement) pour la période 2026-2030 est de 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour les infrastructures, selon l’exécutif. Ce budget est prévu dans l’actualisation de la Loi de programmation miliaire (LPM) qui doit être présentée prochainement au Parlement.
L’avenir de la Journée défense et citoyenneté ?
Cette journée, au cours de laquelle tous les jeunes Français sont sensibilisés à la défense nationale et se voient présenter les métiers de la défense, est rebaptisée «Journée de mobilisation».
Les jeunes recevront alors un questionnaire pour signaler leur candidature au service national. Ils pourront également se signaler sur une nouvelle application «Défense +», qui permettra à l’armée d’avoir connaissance de leurs compétences et aux jeunes de répondre au questionnaire. Cela nécessitera le vote d’une loi pour permettre l’utilisation de ces données.
En cas de crise majeure, a ajouté le Président, «le Parlement pourra décider de faire appel à ceux dont les compétences ont été repérées lors de cette journée».
Mise à jour à 13 heures avec l’ajout de nouveaux détails sur les modalités du service national.




