Du sang, des larmes, mais du flegme. Invité jeudi 3 octobre au soir de l’émission l’Evénement sur France 2, Michel Barnier a un peu détaillé les recettes de la potion amère du budget qu’il prépare pour 2025. La facture ? Une réduction de la dette de 60 milliards d’euros. Le but ? «Sauvegarder un avenir.» L’«angoisse» que veut conjurer le Premier ministre ? Rien de moins qu’«une crise financière». Tout en donnant, du bout des lèvres, un point à son prédécesseur, Gabriel Attal, qui a réalisé «des efforts substantiels» en gelant des crédits courant 2024, Barnier répète avoir été «surpris» en découvrant à Matignon la prévision maousse de déficit public : «Je ne savais pas ce chiffre de 6,2 %.» Il en faut manifestement plus pour l’affoler. Quand on se voit confier une mission impossible, à la tête d’une coalition aussi chétive que peu coopérative, on n’a pas grand-chose à perdre. «Je préfère prendre le risque d’être impopulaire mais je ne veux pas être irresponsable», lance-t-il. Partant pour la rigueur, pépère. «Mais non, contredit-il. Les dépenses publiques vont continuer comme l’an dernier, on n’est pas dans une période de rigueur.» Qu’est-ce que ce serait… ?
«J’ai très peu de temps»
Rappelant le ratio prévu dans le projet de loi de finances (PLF) que le gouvernement doit présenter jeudi 10 octobre (un tiers de recettes nouvelles pour deux tiers d’économies), Barnier a dû, paradoxalement, davantage se justifier sur les hausses d’impôts envisagées. Et ce parce que les macronistes, premier groupe de «son socle commun» à l’Assemblée nationale, freinent des quatre fers, arc-boutés sur leur credo de la stabilité fiscale. «Il n’y aura pas de choc fiscal», tente de rassurer le Premier ministre, qui précise son projet de contribution «temporaire» demandée aux grands groupes engrangeant les profits les plus importants : seraient ciblées quelque 300 entreprises, qui réalisent 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, et ce pour un an, «peut-être deux», pour un gain escompté de «peut-être» 2 milliards. Les contribuables les plus riches seraient aussi exceptionnellement mis à contribution, a ajouté Barnier, citant l’exemple d’un couple au revenu fiscal de 500 000 euros annuels, «mais pas en dessous». A l’ex-ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a jugé jeudi matin «inacceptable» l’ébauche de nouvelles recettes, le Premier ministre a rétorqué, sèchement mais sans une once d’agacement : «J’ai très peu de temps et pas envie de faire de polémiques.»
Ce sont surtout sur les baisses de dépenses, pour 40 milliards d’euros, que ça va saigner. Mais, en la matière, Barnier continue de cacher son jeu. Les pistes qu’il évoque, ce jeudi sur le plateau de Caroline Roux, sont encore vagues : «On va donner plus d’efficacité à la dépense publique», «on va regarder si certaines aides peuvent être mieux ciblées»… Voire franchement incantatoires : «On peut faire beaucoup d’économies en simplifiant la vie des gens.» Barnier veut mettre le nez dans le coût des transports sanitaires ou des aides à l’apprentissage et compte, évasif, passer «un contrat avec les directeurs d’administrations centrales». Tout juste annonce-t-il son intention de «fusionner des services publics» et «sans doute» de ne pas remplacer tous les fonctionnaires partant en retraite. Le Premier ministre confirme la piste d’un report de six mois, au 1er juillet, de l’indexation des pensions de retraite, qui rapporterait entre 3 et 4 milliards. Interrogé sur la possibilité de raboter l’aide médicale d’Etat (AME) pour les étrangers en situation irrégulière, fixette de la droite, le chef du gouvernement élude, estimant qu’«on peut mieux gérer l’AME», et passe du coq à l’âne : «Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est la question de la fraude sociale», esquive-t-il, rappelant son souhait de mieux sécuriser les cartes vitales, mais omettant de rappeler qu’elle est avant tout de la responsabilité des entreprises et non des assurés. En revanche, pour la plus salée des coupes budgétaires, mystère.
«C’est moi qui fixe la ligne»
Lucide sur ses marges de manœuvre riquiqui, le Premier ministre admet, sans complexe, qu’il lui faudra probablement faire adopter son budget au forceps du 49.3, puisque même ses «alliés» traînent des pieds. Dans cet hémicycle éclaté, il entend «essayer de faire pour le mieux», a priori pas des étincelles. «Je ne vais pas me lancer dans de grands débats idéologiques», ni «annoncer des lois à l’avance». Marine Le Pen, qui réclamait déjà un nouveau texte sur l’immigration, en sera pour ses frais. Tout comme il prévient son ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau : «C’est moi qui fixe la ligne.» Michel Barnier s’efforcera déjà de faire appliquer la loi précédente, votée il y a moins d’un an. Flou lors de sa déclaration de politique générale sur le sort du projet de loi fin de vie, le Premier ministre, favorable au texte présenté par le gouvernement – plus gêné par la version réécrite par les députés – a, en revanche, promis de reprendre l’examen parlementaire où il avait été interrompu.




