Menu
Libération
Éditorial

Virage

En éliminant Alain Juppé, la droite française a voulu marquer avec éclat sa volonté de voir mise en œuvre une révolution conservatrice à la française.

François Fillon lors de son meeting du 25 novembre. (Photo Albert Facelly pour Libération)
Publié le 27/11/2016 à 23h06

Adroite et très à droite, la victoire de François Fillon dans cette primaire a au moins une vertu : le retour d’une certaine idée de la politique. Sur la forme, l’homme est austère, rétif à la médiatisation, allergique à l’esbroufe, bon orateur et exempt de casseroles ; il réhabilite quelque peu le métier politique. Sur le fond, la rigidité conservatrice et libérale de son projet clarifie les enjeux de la présidentielle. On dira que c’est un habit neuf. Certes, pendant cinq ans, François Fillon a servi fidèlement son antonyme, Nicolas Sarkozy ; pendant que le Président faisait son numéro de cracheur de feu et d’avaleur de sabres, il était avaleur de couleuvres.

Mais enfin, sa campagne cohérente, opiniâtre, sans concessions, dessine un virage historique. En éliminant Alain Juppé, la droite française a voulu marquer avec éclat sa volonté de voir mise en œuvre une révolution conservatrice à la française, qui concurrence la révolution nationale préparée par le FN. Ainsi pour la gauche, l’adversaire avance à visage découvert. Recul de l’Etat-providence, dérégulation sans fioritures du marché du travail, ample réduction du nombre de fonctionnaires, retraite à 65 ans, on sait désormais à quoi s’attendre s’il transforme l’essai de la primaire en mai. Il veut abaisser l’imposition des classes supérieures là où le quinquennat qui s’achève l’a augmentée, il s’enracine dans un catholicisme tendance tradi là où la gauche de gouvernement a fait progresser les droits des homosexuels et accepté la diversité culturelle de la société française.

La distinction droite-gauche reprend des couleurs là où le tropisme social-libéral du gouvernement Valls l’avait brouillée. Encore faut-il qu’il y ait en face un projet et un homme ou une femme pour le défendre. Sylvia Pinel ? Arnaud Montebourg ? Yannick Jadot ? Jean-Luc Mélenchon ? Benoît Hamon ? Emmanuel Macron ? Marie-Noëlle Lienemann ? Gérard Filoche ? Manuel Valls ? François Hollande ? Le simple énoncé de cette liste à la Prévert mesure le chemin qui reste à parcourir pour que l’élection présidentielle ne soit pas jouée d’avance.

Dans la même rubrique