François Fillon avait livré un petit mensonge au cœur de l'après-midi, lors de sa conférence de presse. Il a essayé de s'en débrouiller dans la soirée, sur Twitter, cette fois… mais au prix d'une grossière manip. Lundi après-midi, donc, devant près de 300 journalistes, François Fillon tente de déminer le terrain du «Fillon Gate». Dans sa mire, les journalistes en général et l'émission Envoyé spécial en particulier, coupable d'avoir diffusé jeudi dernier une interview datant de 2007 de Pénélope Fillon affirmant à propos de son mari : «Je n'ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre. Je n'ai jamais géré sa communication.»
Un «aveu» que François Fillon essaye de discréditer : «Lorsqu'elle a fait cette déclaration, qui a été reprise dans cette émission à charge, où on a sciemment pris des morceaux de phrases, retirées de leur contexte… Je rappelle que c'est une émission en langue anglaise, qui s'adressait à un public anglais, et où au fond le sujet de l'interview était : "Je ne serai pas Cherie Blair." Je dois d'ailleurs vous indiquer que la journaliste qui a accompli cette interview s'est manifestée personnellement auprès de mon épouse pour lui dire à quel point elle était choquée par l'utilisation qui avait été faite des morceaux de cette interview.»
Ecoutez à partir de 22mn15
Ainsi, la journaliste ayant recueilli les propos de Pénélope Fillon aurait été choquée par leur utilisation dans Envoyé spécial ? Sauf que l'argument, déjà utilisé lundi matin par Eric Ciotti (et désintoxiqué par nos soins), ne tient pas la route. Pendant la conférence de presse de François Fillon, Libération contacte Kim Willsher, la journaliste ayant mené l'interview de Pénélope Fillon en 2007 avant de publier sur le Telegraph un portrait à la suite de cette rencontre. Et Kim Willsher, désormais journaliste au Guardian, de démentir «fermement» les affirmations de l'ex-Premier ministre. «Je tiens à le dire très nettement : je n'ai jamais dénoncé l'enquête d'Envoyé Spécial. Ils ont fait leur boulot.»
Ce qu’elle a dit on ne peut plus clairement, dans la foulée, en deux tweets :
Non M. #Fillon ! Les propos d'Envoyé Special n'ont pas été sortis de leur contexte. Le reportage ne m'a pas choqué. SVP. Cessez ...(1/2)
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
Cessez de m'attribuer ces propos faux. Svp. Le film, l'interview sont dans le domaine publique. LES FAITS svp. (2/2)
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
Rebondissement dans la soirée. François Fillon publie sur Twitter deux mails envoyés par Kim Willsher à Penelope Fillon.
Madame @kimwillsher1 a bien écrit à mon épouse. Elle regrettait que des déclarations soient publiées hors contexte. pic.twitter.com/TR4N5359dv
— François Fillon (@FrancoisFillon) February 6, 2017
On y lit bien que Kim Willsher se dit en colère que certains éléments de l'interview aient été pris et «sortis de leur contexte» avant publication. De quoi jeter quelques doutes sur la phrase de Penelope Fillon ?
Sauf que, comme on peut le voir, les deux mails sont datés d'avant la diffusion d'Envoyé spécial (le deuxième ayant été envoyé quelques heures avant la diffusion de l'émission sur France 2), et ne portent pas, comme François Fillon l'a suggéré lors de sa conférence de presse (et comme Eric Ciotti l'avait lui affirmé très explicitement), sur la fameuse émission qui fait tant de mal à sa défense.
Kim Willsher s'en prend en fait à deux articles publiés par le Canard enchaîné (le 25 janvier) et Marianne (le 27 janvier). En effet, avant que l'équipe d'Envoyé spécial ne mette la main sur les rushs de l'interview de Penelope Fillon, les deux hebdomadaires avaient eux publié des extraits du portrait de Penelope dans le Telegraph.
Dans un tweet de réponse à François Fillon, la journaliste anglaise a précisé lundi soir cette chronologie, en insistant sur la date d'envoi du premier mail, le 30 janvier. Rien à voir avec Envoyé spécial, donc, qui sera diffusé trois jours plus tard. Et si le second mail cite bien l'émission de France 2, c'est pour préciser à Penelope Fillon que Kim Willsher n'a pas donné le film à l'équipe de l'émission.
Je regrette le 30/01 que le Canard et Marianne ont prise les lignes de mon ITV avec votre femme hors de context (1/3)
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
Et de déplorer, dans une salve de trois tweets, que ses messages de sympathie à Penelope Fillon soient utilisées «contre elle» de manière à provoquer un «écran de fumée» pour masquer les «faits».
#Fillon.I wrote to Mrs Fillon saying I was sorry that an interview of 10 yrs ago had come back to bite everyone - including me.(1/3)
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
#Fillon Now those message of "sympathy" for the situation are being used against me and to provide a smokescreen against the fact... (2/3)
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
#Fillon...there is an interview with Mrs Fillon and a film of that interview. Read the article. Watch the film. I've nothing to add (3/3).
— Kim Willsher (@kimwillsher1) February 6, 2017
La justice dira la réalité – ou pas – du travail de Penelope Fillon. En attendant cette dernière a bien déclaré en 2007 n'avoir jamais été l'assistante de son mari. Et ces propos n'ont pas – selon la journaliste qui les a récoltés à l'époque – été sortis de leur contexte quand ils ont été révélés par Envoyé spécial, jeudi dernier.




