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Libération
EDITORIAL

Passage de témoin

Publié le 22/02/2017 à 21h06

Qu’on ne se trompe pas de mot. L’alliance entre Emmanuel Macron et François Bayrou n’en est pas une. Il ne s’agit pas ici de construire une plateforme programmatique commune, d’élaborer une équipe de campagne, ou même d’envisager l’exercice du pouvoir ensemble. Cette alliance est d’abord un passage de témoin entre deux hommes politiques que tout confond sur le fond, mais que tout sépare dans l’ambition. Un passage de témoin, donc, mais qui ne veut surtout pas dire son nom. Le reconnaître, ce serait pour François Bayrou prendre acte de la fin de sa carrière politique. Le revendiquer serait pour Emmanuel Macron inscrire son épopée dans une forme de continuité. C’est-à-dire l’inverse de la promesse du leader d’En marche. Macron veut coûte que coûte incarner une nouveauté. Sur le fond comme sur la forme. Donc sans attache ni héritage. Aussi, cette annonce est une très bonne nouvelle pour les deux protagonistes. Même si elle s’est surtout imposée par les risques qu’elle faisait courir à chacun en cas d’échec. Seul, sans moyens financiers, François Bayrou aurait pu finir sa carrière sur l’élection présidentielle de trop. Depuis quelques semaines, le maire de Pau a eu le temps de mesurer la hauteur de cette vague du «sortez, les sortants», qui risquait de l’emporter lui aussi. Après une semaine émaillée de polémiques, Emmanuel Macron trouve le moyen de relancer une campagne qui commençait à patiner. Il engrange un soutien de poids et écarte un concurrent dangereux. Sans pour autant donner l’impression de tomber dans une négociation d’appareils qui aurait pu le ramener à cette vieille politique qu’il dit abhorrer. Juste au moment où, de son côté, Benoît Hamon ne parvient toujours pas à conclure son interminable négociation avec les écologistes. Tout cela valait décidément bien une (fausse) alliance.

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