Tout a commencé mercredi, en début de matinée. Veaux, vaches et cochons, toujours en rangs serrés Porte de Versailles (XVe arrondissement de Paris), n’attendaient que lui. Sur place, les envoyés spéciaux des chaînes d’information en continu s’affairaient avant sa visite tandis que, dans le même temps, quelques-uns de ses plus proches soutiens devaient ouvrir cette journée particulière, censée relancer un début de campagne moribond. Tout était prêt, avant que François Fillon ne se décommande brusquement.
Une nouvelle qui surprenait jusqu'à son conseiller spécial Jérôme Chartier qui avouait, sur France Inter, ne rien exclure quant au motif de cette annulation. Quelques instants plus tard, le vainqueur de la primaire de la droite et du centre donnait rendez-vous aux médias à son siège de campagne, pour une mystérieuse déclaration.
Déclaration «au peuple français»
Les journalistes, fébriles, envisageaient tous les scénarios. Ses soutiens, nombreux sur place, ne laissaient filtrer aucun indice et restaient mutiques. Et François se faisait désirer. Accablé par les révélations du Canard enchaîné, en retard dans sa campagne électorale, François Fillon allait-il renoncer à sa candidature ?
Que nenni. «Mon avocat a été informé que je serai convoqué le 15 mars par les juges d'instruction afin d'être mis en examen. […] Par ce déchaînement disproportionné sans précédent connu, par le choix de ce calendrier, ce n'est pas moi seulement qu'on assassine, c'est l'élection présidentielle. […] C'est au peuple français que je m'en remets. Parce que seul le suffrage universel, et non pas une procédure menée à charge, peut décider qui sera le prochain président de la République. Je ne céderai pas. Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas. J'irai jusqu'au bout, parce qu'au-delà de ma personne, c'est la démocratie qui est défiée. Je vous demande de me suivre.»
A droite, le malaise général
Des déclarations qui, outre plusieurs inexactitudes relevées par le service Désintox de Libération, se révélaient surtout être en totale contradiction avec ceux tenus précédemment. Car, oui, désormais promis à la mise en examen, François Fillon niait l'éventualité d'une mise en retrait de la campagne présidentielle. Volte-face du général de Gaulle, qui se retourne dans sa tombe.
Démissions en cascade
Dans la foulée, Bruno Le Maire, au nom du «respect de la parole donnée», annonçait via Twitter sa démission de ses fonctions de représentant pour les affaires européennes et internationales. Le député Les républicains de l'Eure était rapidement suivi par Arnaud Robinet, député-maire de Reims. Puis par le parlementaire de Seine-et-Marne Franck Riester et Sébastien Lecornu, ni plus ni moins que le directeur de campagne adjoint de François Fillon.
Tandis que le député du Nord et vice-président de la région Hauts-de-France Sébastien Huyghe adressait, lui, ses pensées au général de Gaulle, suivirent pêle-mêle le député LR Pierre Lellouche, le déjà frondeur Georges Fenech, la présidente du Parti chrétien-démocrate Christine Boutin, ou encore les députées LR Laure de la Raudière et Fabienne Keller. Et le «compteur des lâcheurs» de Libération, qui atteignait déjà la trentaine de défections vingt-quatre heures après l'allocution de l'ancien Premier ministre, ne cessait de grimper. Près de 200 élus LR-UDI ont d'ailleurs lâché le candidat de la droite à l'heure où nous publions cet article, y compris son directeur de campagne, Patrick Stefanini, dont la démission sera effective dimanche soir.
Parrainé à l'insu de son plein gré, le nom d'Alain Juppé refaisait alors, à l'initiative des certains dissidents, surface dans le débat politique. Le fameux «plan B» est donc en place, au cas où.
Malgré la résistance organisée par ses plus proches soutiens, et l'annonce d'un rassemblement en son honneur (et contre le «coup d'Etat des juges», dixit Valeurs actuelles) ce dimanche sur la place parisienne du Trocadéro, à Paris, la question opposée à François Fillon est désormais la suivante : combien de temps allez-vous, Monsieur le candidat, continuer à renier vos principes si clairement énoncés au cours de votre campagne ?




