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«Valls a dit qu’il soutiendrait Macron exprès pour lui nuire»

ParSarah Finger
(à Montpellier)
Publié le 02/04/2017 à 19h56

Pendant la présidentielle, Libération sonde, chaque jour de la semaine, des lieux de la «France invisible». Ce lundi, une maison de retraite à Montpellier.

C’est notre dernière séance à la résidence des Glycines. Et force est de constater qu’ils n’ont loupé aucun rendez-vous : depuis treize semaines, faisant fi de leur fatigue et des virus hivernaux, nos sept pensionnaires ont été fidèles à cette petite réunion hebdomadaire. Assurément déterminés à commenter l’actualité de cette campagne présidentielle, toujours disposés à critiquer les faux pas des hommes et femmes politiques, et souvent prêts à en découdre.

Parce que même à 85, 90, voire 97 ans, on n'a pas envie de se laisser marcher sur les pieds quand on cause politique. Durant les petites conversations qui se sont tenues autour de cette table, des hordes de piques bien aiguisées ont croisé des bataillons de Scud volant à basse altitude. L'âge n'a pas ramolli les caractères bien trempés, et entre certaines résidentes, les échanges furent souvent… houleux. «Les femmes se disputent, mais les hommes, eux, se battent», relativise Bernard. Si personne n'est ressorti blessé, c'est bien grâce à lui et à sa diplomatie…

C'est donc la dernière séance et Josette en profite pour dire qu'elle a «trouvé Fillon extra à Toulon. Il a fait un vrai discours présidentiel». Marie abonde : «Il a enfin pu parler de son programme. Je l'ai trouvé très clair dans son propos.» «Et serein», ajoute Marie-Rose. «Par contre, Hamon, tout le monde le laisse tomber», constate Marie. Mais personne ici n'a de larmes pour le candidat du PS: «Il me fait l'effet d'un lycéen», remarque Marie-Rose. «C'est incompréhensible qu'il soit sorti en tête de la primaire», lâche Maurice. D'ailleurs, Bernard en profite pour dire ce qu'il a sur le cœur à propos de ces primaires : «C'est un système hybride et pas satisfaisant. La République n'en est pas sortie grandie.»

Personne ici n'imagine une victoire de Macron, à part Mireille, qui croit toujours en lui. Mais elle soupçonne qu'on veut lui tendre des pièges : «Si Valls a dit qu'il le soutiendrait, c'est exprès pour lui nuire !»

Seule Fernande estime que Mélenchon peut parvenir au second tour. Les autres en doutent fort : ils pronostiquent plutôt une finale Fillon-Le Pen. Et, bien sûr, une victoire de Fillon. «Si Le Pen est élue, je la tue», tranche Marie. «Ah ben je vois que vous êtes vraiment pour le suffrage universel», rétorque Josette. Pas de blessé encore ce coup-ci. Mais quand même, vivement qu'elle se termine, cette campagne.

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