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Législatives : peut-on être candidat n’importe où ?

Mélenchon sera candidat à Marseille pour les législatives. Libération vous explique pourquoi l'ancien sénateur de l’Essonne peut se présenter dans les Bouches-du-Rhône.

Jean-Luc Mélenchon, lors de son meeting à Marseille, le 9 avril. (Photo Anne-Christine Poujoulat. AFP)
Publié le 11/05/2017 à 13h21

Jean-Luc Mélenchon, candidat malheureux à l'élection présidentielle, a trouvé un point de chute. Il sera candidat pour devenir député de Marseille, où il a tenu un meeting sur la Canebière le 9 avril avant d'arriver en tête du scrutin devant Marine Le Pen le 23 avril dernier.

Le procédé n'a rien d'exceptionnel. Et moins encore pour le chef de file de La France insoumise que pour tout autre. Lors des législatives de 2012, l'ancien sénateur de l'Essonne, actuellement inscrit sur les listes électorales de Paris, avait essuyé une défaite face à la leader frontiste à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. Et, à Marseille, son probable adversaire socialiste sur la quatrième circonscription, Patrick Mennucci, a déjà fait la liste de ses parachutages successifs : «En huit ans, il fut sénateur de l'Essonne, député européen du Sud-Ouest, candidat aux législatives dans le Nord et maintenant candidat dans les Bouches-du-Rhône. A ce niveau ce n'est plus un homme politique mais bien un nomade électoral», a-t-il taclé mercredi sur Facebook.

Mais comment se fait-il qu'on puisse se présenter n'importe où ? Tout simplement parce que les règles pour être candidat ne sont pas très strictes : il suffit d'être un électeur (donc Français, majeur, inscrit sur les listes électorales…) et en pleine possession de ses droits civiques.

L'article L.44 du Code électoral stipule ainsi que «tout Français et toute Française ayant la qualité d'électeur peut faire acte de candidature et être élu, sous réserve des cas d'incapacité ou d'inéligibilité prévus par la loi» et l'article L.154 complète : «Les candidats sont tenus de faire une déclaration revêtue de leur signature, énonçant leurs nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, domicile et profession. A cette déclaration sont jointes les pièces de nature à prouver que le candidat est âgé de dix-huit ans révolus et possède la qualité d'électeur.»

Autrement dit, rien n'oblige un député à vivre ou à posséder un domicile sur sa circonscription. Il n'est pas obligatoire non plus d'ailleurs d'être rattaché à un parti politique. Ainsi on peut tout à fait imaginer la candidature en Bretagne d'un candidat sans étiquette qui habiterait en Alsace. En revanche, il est interdit de se présenter dans plusieurs circonscriptions simultanément.

Un mandat national

Cela s'explique par la nature du mandat de député qui fait des résidents de l'hémicycle des élus nationaux et non pas locaux. Bien qu'élus dans une circonscription, les députés sont censés représenter la nation toute entière.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon n'a-t-il pas tort quand il justifie sans fioritures son «nomadisme» électoral sur BFM : «Bah oui, je suis parachuté partout. Je suis partout chez moi, la France est ma patrie.»

Si rien ne bloque sur le papier, il n'en reste pas moins que les parachutages renvoient souvent une image déplorable. Les aspirants à la députation inconnus localement peuvent en effet passer pour des arrivistes utilisant cette élection comme un marchepied vers une carrière politique (et médiatique) qui les propulserait ailleurs dès leur mandat terminé. Les parachutés tentent alors de justifier leur candidature (quitte à sauter en parachute comme ce candidat LR aux régionales de 2015) en installant notamment des permanences dans leurs circonscriptions et en choisissant des suppléants plus connus qu'eux dans la région.

Jean-Luc Mélenchon n'est donc pas un cas isolé. Reste à savoir si la stratégie est payante. Car, parfois, l'atterrissage est brutal. On se souviendra ainsi de l'échec de Malek Boutih, originaire de Neuilly-sur-Seine et face à qui la candidate socialiste dissidente (mais locale) Martine Pinville a refusé de s'effacer, lors des législatives de 2007 en Charente. Ou de celle de Claude Guéant dans les Hauts-de-Seine en 2012, qui a perdu face à Thierry Solère, lequel s'était présenté avec une étiquette «Divers droite». Mais à rebours, on note aussi des réussites comme le succès de la Parisienne Martine Aubry qui n'est arrivée à Lille qu'en 1995, alors que Pierre Mauroy l'invite à devenir sa première adjointe à la mairie.

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