Les rêves parlementaires de Gaspard Gantzer auront duré deux petites journées. Jeudi, avant l’annonce des investitures législatives d’En marche, le conseiller en communication de François Hollande reçoit un SMS. A 3 h 30 du matin, l’entourage du président élu l’informe qu’on lui a dégoté une circonscription et qu’il faut qu’il rappelle dare-dare. Au départ, il a été question de celle des Français de l’étranger qui va de Londres à Helsinki mais ce sera finalement l’Ille-et-Vilaine. Entre En marche et Gantzer, les contacts remontent à une quinzaine de jours, juste après le premier tour de la présidentielle. L’idée vient de Macron en personne, dont Gantzer est proche depuis qu’ils ont fait l’ENA ensemble.
«Honoré». Pendant la campagne, malgré la trahison de Macron et les dénégations officielles de Gantzer, le trentenaire retisse sa relation avec le candidat d'En marche. Des SMS de temps à autre, «un peu comme un supporteur de foot». «Très honoré» par la proposition de Macron, le conseiller élyséen rappelle toutefois à qui veut l'entendre qu'il est Parisien pur sucre et qu'il a d'autres projets comme fonder sa boîte. «Je ne demande rien, ma vie est ailleurs», fait-il savoir en substance. «Il a toujours rêvé d'être élu, cette proposition c'était la chance de sa vie : l'entrée en politique par la grande porte, sur son nom, pas dans l'ombre d'un autre», relate un proche de Hollande.
Dans la foulée, Gantzer prévient le chef de l'Etat. Plaçant le suffrage universel au-dessus de tout, Hollande ne voit pas d'un mauvais œil son double de salon partir au combat électoral. Mais quand c'est un parachute breton qui se présente, le Président conseille : «Fais attention, la Bretagne, c'est particulier. Vérifie quand même que Jean-Yves [Le Drian] est d'accord.» Le hic, c'est que le ministre de la Défense va faire mine de l'être… avant de changer d'avis. Jeudi, Gantzer consulte, pondère, réfléchit. Bernard Poignant, ancien maire de Quimper, le prévient : «Tu vas être accueilli comme l'énarque du président. En Bretagne, comme en Alsace ou en Corse, le parachutage n'existe pas.» Le coup de fil au comité local d'En marche refroidit un peu plus le Parisien.
«Record». «La seule erreur que j'ai commise, c'est de ne pas avoir dit : "Merci mais non merci" tout de suite, explique-t-il à Libération. Après, c'est le maelström.» Une levée de herses à Rennes et à Paris, où on agonit une génération «sans surmoi capable de passer du trahi au traître». Vendredi midi, Le Drian rassure les Bretons : «On a réglé ça.» Gantzer officialise son retrait quelques heures plus tard. «La ligne grande vitesse Paris-Rennes ouvre le 2 juillet, sourit un élu local. On a déjà le record de l'aller-retour le plus rapide.»




