Libé suit la campagne de Sébastien Nadot, prof de gym et candidat néophyte LREM en Haute-Garonne.
Combien ça coûte une campagne ? Affiches, tracts, frais de déplacement, locations de salles et du local de campagne, repas, apéros pour les militants… Sébastien Nadot estime la sienne à 20 000 euros : 2 000 de sa poche, 2 000 de dons et 16 000 d'emprunt bancaire garanti par La République en marche (LREM). Bien en dessous du seuil légal, fixé à 71 000 euros, calculé en fonction du nombre d'habitants (122 000) recensés sur sa circonscription. «Ce n'est pas donné, même si je suis sous la moyenne nationale des candidats de LREM qui est de 40 000 euros. Sans l'appui d'une grosse formation, ça serait impossible. Le système est injuste, mais c'est comme ça», admet-il à l'heure de la pause sandwich dans un café proche de la préfecture de Toulouse.
Il vient de déposer son dossier de candidature. Validé. Son compte de campagne le sera à partir de vendredi. Il a choisi son beau-père, Jean-Michel, 71 ans, inspecteur divisionnaire des impôts à la retraite, comme mandataire financier. Selon la loi, ce dernier est le seul habilité à payer au fur et à mesure l'ensemble des frais engagés. Jean-Michel s'est «coltiné» les 91 pages du manuel du candidat aux législatives mis en ligne sur la plateforme officielle. «Ça me rassure. Avec lui, je suis certain que tout sera nickel. C'est important», souffle Nadot.
Sur l'écran de télé allumée sur une chaîne d'info, les noms des ministres du gouvernement Philippe défilent. «Les gens ne supporteraient pas de nouvelles affaires venant d'un mouvement censé incarner le changement. On ne peut pas se permettre un nouveau Cahuzac», avance le candidat. Approbation du beau-père.
La veille, les deux hommes ont rencontré le propriétaire d'une péniche dont ils envisagent la location pour sillonner le canal du Midi qui longe une partie de leur «circo». «Il nous a demandé de le payer "au black", en liquide et sans facture. Evidemment, on a refusé», raconte Jean-Michel. Exit aussi les 4 000 euros demandés par une société spécialisée, prestataire de LREM, pour distribuer les tracts du candidat dans les boîtes aux lettres. Nadot «fera avec» les bénévoles de ses comités de soutien. Idem pour la com et les photos des candidats, déléguées à son directeur de campagne, lui aussi bénévole.
A priori, Nadot ne compte pas non plus lâcher des sous dans la location d'un local dans une circonscription de 154 communes, situées pour un tiers en zone rurale. 3 000 euros économisés, estime Jean-Michel. «Ça ne sert à rien. Le local de campagne, c'est juste une vitrine, un truc à l'ancienne qui n'a pas lieu d'être», renchérit Nadot. En soirée, il a une réunion dans un comité de soutien du Lauragais. «La responsable a demandé si on pouvait prévoir l'apéro et réserver un café. Je lui ai répondu que je passerais dans une grande surface chercher des bouteilles et du saucisson», sourit Jean-Michel.




