«Le plus dingue n'était pas celui qu'on croit.» C'est pour cette petite phrase diffusée par l'émission Quotidien vendredi que Nicolas Dupont-Aignan a essuyé les foudres d'une bonne partie de l'état-major du Rassemblement national (ex-FN) tout le week-end. Un commentaire ironique pourtant plutôt favorable à la présidente du RN, comme le patron de Debout la France s'en explique sur Sud Radio ce lundi matin. «Ils n'ont pas regardé la vidéo : je rendais justice à Marine Le Pen, qui a été accablée après ce débat alors qu'en réalité, Emmanuel Macron est un président de la République assez particulier» et même «perché», se défend-il.
La séquence illustre en tout cas la dégradation des relations entre «NDA» et le parti d'extrême droite depuis leur alliance au second tour de la présidentielle. Car après avoir refusé de prolonger cet accord aux législatives, Dupont-Aignan a aussi décidé de faire cavalier seul aux européennes, lançant une «liste d'union» de son côté et refusant les mains tendues du RN. Et si Marine Le Pen promet des retrouvailles au Parlement européen une fois les élections passées, nombre de ses lieutenants ont de plus en plus de mal à retenir leurs coups contre cet ancien allié qui n'en fait qu'à sa tête. C'est donc comme à leur habitude sur les réseaux sociaux qu'ils se sont copieusement lâchés, samedi et dimanche.
Louis Aliot (député, probable tête de liste aux européennes, vice-président du RN et compagnon de Marine Le Pen), Steeve Briois (eurodéputé, maire d'Hénin-Beaumont et vice-président du RN), David Rachline (chef de la com du parti, maire de Fréjus et ancien directeur de la campagne présidentielle), Bruno Bilde (député) et plusieurs conseillers de Marine Le Pen et/ou membres du Bureau national (Jean-Lin Lacapelle, Jérôme Rivière, Philippe Vardon)… Presque tous y sont allés de leurs messages plus ou moins salés : de «décevant» à «pathétique» en passant par «désagréable», sans oublier les accusations contre cet «ambitieux» qui «crache dans la soupe». Du brutal.
Exception notable : Nicolas Bay, eurodéputé et aspirant tête de liste pour les européennes, qui est resté silencieux sur le sujet. Contactée par Chez Pol pour savoir si elle cautionnait ce pilonnage, Marine Le Pen n'a pour sa part pas donné suite.
Il faut dire que Nicolas Dupont-Aignan y met du sien. Par exemple en expliquant, dans le Monde samedi, qu'il n'y aurait aucun mis en examen sur sa liste pour les européennes. Message transmis à Marine Le Pen, Louis Aliot, Nicolas Bay et au RN lui-même en tant que personne morale, qui sont placés sous ce statut dans le cadre de différentes affaires qui touchent le parti d'extrême droite.
«NDA» énerve aussi du côté de Nanterre en ralliant à lui des conseillers régionaux élus sous étiquette RN et aujourd'hui en conflit avec leur parti. «Des tocards» et des «déçus qui n'ont pas eu de poste chez nous», fusille David Rachline en privé, comme l'a rapporté le JDD dimanche. Des propos similaires à ceux, non moins méprisants, signés «MLP» dans le Figaro vendredi : «Ce sont des types au chômage. Ils traversent la rue.» Une virulence à laquelle le sixième homme de la présidentielle refuse néanmoins de répondre. «J'ai été le seul qui a soutenu Marine Le Pen au second tour, le seul qui n'a rien dit après le débat, a-t-il rappelé ce lundi sur Sud Radio. Personne ne peut douter de ma loyauté […]. Je ne dirai jamais du mal d'elle.» Mais comme il semble loin le temps où la finaliste de la présidentielle rêvait de faire de lui son Premier ministre.




