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Libération
La lettre politique

Macron-Merkel : la résurrection

La proposition de porter à 500 milliards d’euros l’emprunt destiné aux régions en difficultés signe le retour au premier plan du couple franco-allemand.

Angela Merkel, lundi 18 mai, lors de la conférence de presse en visioconférence avec Emmanuel Macron. (Kay Nietfeld/Photo Kay Nietfeld. DPA. AP)
ParLaurent Joffrin
directeur de «Libération»
Publié le 18/05/2020 à 18h00

Jour de deuil pour les antieuropéens. La crise du Covid, pensaient-ils, doublée d’un désastre économique, allait les débarrasser de cette funeste utopie communautaire, qui allait faire la preuve de son inanité historique. Reviendrait enfin le temps béni des nations seules : chacun chez soi et adieu Bruxelles ! D’ailleurs la Cour constitutionnelle allemande n’avait-elle pas annoncé le coup de grâce en minant la légitimité de la banque centrale, ce machin incontrôlable et hégémonique ? Pas de chance : c’est exactement l’inverse qui vient de se produire. Sous l’égide de ce «couple franco-allemand» – dont on disait qu’il n’existait pas –l’Union européenne réaffirme sa volonté d’agir en commun contre la crise et, surtout, elle donne à cette volonté réitérée sa base sonnante et trébuchante.

Contre toutes les traditions de pusillanimité germanique, Merkel et Macron proposent que l'Union contracte un emprunt massif de 500 milliards (en sus des 1 000 milliards déjà prévus), qui seront dirigés vers les régions et les secteurs les plus affectés par la crise. Au-delà des modalités techniques, cette proposition est une date dans l'histoire de l'Union : pour la première fois, il s'agit d'un transfert massif de ressources des économies les plus fortes en faveur des régions ou des pays les plus touchés. Certes, il faut encore surmonter les réticences de certains pays du Nord. Certes, il faudra vérifier que tout cela profite bien, comme il est annoncé, à une relance au contenu écologique. Mais enfin, c'est le contraire de l'inaction.

C'est surtout un bond en avant dans l'intégration qu'on jugeait totalement impossible il y a trois mois. Angela Merkel a compris, face à la menace nationaliste, que l'Union risquait de se disloquer et que l'indifférence allemande risquait de jeter bas des partenaires dont son économie a le plus grand besoin ; quant à Emmanuel Macron, il voit son volontarisme européen, si souvent moqué, clairement récompensé. L'Union a tangué dans la crise. Mais au lieu de couler, elle navigue.

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