D’un geste machinal, Amichai Lau Lavie tire sa kippa d’une poche, avant de l’arrimer fièrement à sa tête, puis de la faire disparaître à nouveau entre ses bras, qu’il croise, songeur. Répété plusieurs fois, ce mouvement de balancier raconte un paysage intime dont le rabbin new-yorkais hésite encore à définir les frontières. Loin d’être un renoncement, cette «habitude» dessine aussi une époque où il ne fait pas toujours bon afficher sa religion. Une façon, surtout, pour celui qui a longtemps été drag-queen, de suspendre le temps, de se donner le choix d’apparaître.
L’ubiquiste accueille dans les locaux de LabShul, son «laboratoire de la vie religieuse» situé à Manhattan. Le pas pressé, des Airpods enfoncés dans les oreilles, il se fond d’abord dans la masse des start-upeurs qui se déversent par dizaines dans cet immeuble de bureaux. Pourtant, Amichai Lau Lavie est un homme de foi. Rabbin, gay, progressiste, et drag-queen, il milite, depuis toujours, pour un judaïsme «de sens», éloigné «de la politique». Assis dans son cabinet, il dispense : «Je voulais mélanger la religion et la culture queer. Car, pour moi, être queer n’est pas tant être gay mais plutôt regarder la vie différemment en se posant toujours plus de questions.» Fondé il y a treize ans, LabShul – «contraction de laboratoire et d’école ou synagogue en yiddish» – emploie 11 personnes et, pour définir un autre narratif, compte sur un maillage disparate qui résume, à lui seul,




